16 août 2008

Des nouvelles

Bonjour blogue!

Je m’adresse à toi cher blogue, parce qu’après une telle absence, je doute qu’il y ait encore des blogo-lecteurs.
Il y a longtemps que je ne t’ai pas donné de nouvelles. Il en a déroulé de l’asphalte sous mes roues depuis un an. Tu seras surpris d’apprendre que j’ai dû abandonner CAT et Fuego. La décision a été prise de façon rationnelle : avec Fuego, nous transportions beaucoup de marchandises liées au domaine automobile et l’économie américaine tournant au ralenti, CAT n’arrivait tout simplement plus à nous faire rouler à ma satisfaction. Aussi, les destinations commençaient à m’ennuyer et ne m’inspiraient plus rien. Au plus profond de moi-même, je savais que je devais en venir là, mais je me le suis avoué seulement quand j’étais en train de faire la formation chez la présente compagnie. Ça a été très difficile de quitter CAT et nos collègues de travail, il y avait un grand respect mutuel. Nous avons encaissé un choc, eux comme nous. Pour tout te dire, j’ai encore un attachement profond pour CAT, la compagnie qui m’a prise par la main à la sortie de l’école de transport routier et que j’ai quittée à regret après huit ans jour pour jour. Aujourd’hui (après un mois et demi), il me reste encore des traces de tristesses quand j’y songe, mais le processus de deuil est bien enclenché.
Nous roulons désormais chez Transwest, une compagnie basée à l’ouest de l’ile de Montréal et spécialisée dans le transport de fruits et légumes de la Californie vers le Québec. Tous les voyages, ou presque, sont effectués par des équipes de chauffeurs. On m’a dit qu’il y avait une centaine de camions et j’avoue qu’ils sont parmi les mieux équipés de l’industrie. Heureusement, parce que l’on doit changer de camion tous les voyages! C’est fou ce que l’on s’adapte. Jamais je n’aurais cru devoir déménager toutes les semaines et je me surprends à aimer cela, je n’emporte jamais d’objets superflus, tout est bien organisé et je ne manque de rien. L’être humain est réfractaire aux changements, mais il a une capacité d’adaptation qu’il ignore lui-même. Il suffit de provoquer le changement et voir la machine d’adaptation s’enclencher.
J’ai aussi changé de transporteur parce que je voulais aller plus souvent vers l’Ouest et les États que j’avais peu explorés jusqu’à maintenant. J’apprends beaucoup, le transport de produits frais ajoute des responsabilités, mais j’aime parcourir les champs de la Californie et toutes ses saisons et voir ce qui pousse. C’est fascinant! Et c’est magnifique à regarder. J’ai hâte de te raconter! Pour l’instant, je me tiens entre Los Angeles et San Francisco, j’ai transporté des melons, de la salade et des raisins vers le Québec.
J’ai envie de recommencer à bloguer pour tenir un journal de façon plus soutenue et plus chronologique que les notes éparses que je prends depuis un an. J’aime ça relire mes aventures et si je ne l’avais pas noté, je l’aurais peut-être oublié.
C’est reparti. Et sans prétention. J’ai l’intention de mettre plus de photos qui m’inspirent et moins de textes, juste noter l’endroit où je me trouve par exemple et te montrer une photo. J’ai un peu plus de temps à moi (bien qu’il soit compté), et il y a aussi plus de stations wi-fi sur notre chemin qu’avant, alors ça devrait être plus facile de juste te faire un coucou.
À bientôt, cher blogue! (et à vous, chers blogo-lecteurs si vous êtes encore là!)

Sandra est en vie!

Et songe sérieusement à recommencer à bloguer... Ça démange. Je vie plein de nouvelles aventures. Vous êtes encore là? Plus d'un an et un mois après!

17 juillet 2007

Chers blogoslecteurs,

Ces derniers mois, je vous ai laissé avec de faux espoirs. Peut-être était-ce parce que je voulais moi-même m'en donner, ou que je n’arrivai pas à me détacher de notre relation extrêmement privilégiée. Vous êtes venus ici et venez encore dans le but d’y retrouver une nouvelle aventure, mais ces derniers temps, j'ai vécu une grande morosité au travail, qui ne me donnait pas envie de rien vous raconter.

Aujourd’hui, c’est bel et bien la fin de ce blogue. Je désire m’en libérer l’esprit pour le rendre disponible aux miles et un projet que j’ai en tête.

Vous avez été une grande source d’inspiration et de motivation. Je vais garder ces moments parmi les meilleurs souvenirs de ma modeste vie.

Merci pour tout, pour votre assiduité, pour vos bons mots, pour vos encouragements, pour vos farces et vos rires perceptibles derrière mon écran. Je les garderai en mémoire longtemps.

Sandra Doyon

Les archives resteront le temps que la postérité les endurera. Mais les commentaires seront bientôt désactivés. Pour me donner de vos nouvelles, mon courriel, lui, restera. sandra_doyon sur yahoo.ca

02 juillet 2007

Quatre écrivains que je lirais encore et encore

  • Anna Galvada – « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part » et « Ensemble c’est tout ». Pour la tendresse, l’amitié, l’amour, l’entraide.

  • Alexandre Dumas – Le comte de Monte-Cristo. Pour son incroyable sens du scénario, pour l’histoire captivante. Pour la démonstration de l’expression : « la vengeance est un plat qui se mange froid ». Pour le plaisir coupable de voir ses ennemis tomber sous ses plans si finement pensés.

  • Gabrielle Roy – «La détresse et l’enchantement» et « Ces enfants de ma vie ». Pour la poésie, pour son humilité et son intelligence littéraire, pour ses phrases efficaces et bien tournées, pour la rime subtile qui ajoute de la musique à ses textes (dans « C’est enfants de ma vie »).

  • Carlos Ruiz Zafón – «L’ombre du vent». Pour me rappeler Barcelone, pour avoir quelques frissons. Pour l’ambiance parfois lugubre du quartier gothique, pour l’histoire et accessoirement l'intrigue.

Et vous?

30 juin 2007

Quatre livres qui ont marqué mon enfance

Daniel m’a taguée. Je suis touchée. Voici donc le premier point des sept :

Nous n’avions pas énormément de livres à la maison, mais ma mère s’assurait qu’il y ait toujours des encyclopédies Grolier, ainsi que de gros livres classiques de Walt Disney qu’elle commandait par courrier. J’aimais toujours l’accompagner au bureau de poste pour ramasser les colis. Elle nous emmenait aussi régulièrement à la bibliothèque dès que nous avons eu l’âge de ne plus déchirer les livres. Mais nous lui causions beaucoup de souci parce que nous perdions souvent les livres dans les catacombes de notre chambre, ma sœur et moi. Nous adorions nos sorties à la bibliothèque.

Le moment le plus marquant de ma vie de lectrice débutante, c’est le jour où, bien assise sur la toilette pour un numéro 2, je pus enfin lire la boite de kleenex! Mais j’éprouvais de grandes difficultés avec le son « oy ».

— Ro – i - a – le.

J’ai crié à maman pour qu’elle vienne m’aider à lire la boite.

— Royale. Comme dans Doyon, me dit-elle se pressant aussitôt vers la cuisine, sans doute pour abattre plus de boulot.

Voilà comment j’appris le mot « royal », bien assise sur mon trône, aussi fière qu’une reine!



Je me rappelle aussi le jour où j’ai remarqué que je pouvais, pour la première fois, lire les affiches dans la rue. Nous étions en voitures et je lisais à haute voix toutes les pancartes qui défilaient par la fenêtre de la « station wagon » brune.

— Pe-tro, et on passait au suivant,
– Pro-vi, pas le temps de finir,
— I-GA, pour i.g.a.,
— par-ma-cie.

Savoir lire a été une révélation, j’étais constamment émerveillée par les nouveaux mots. Maintenant que je pouvais lire, un nouveau monde m’était accessible, je prenais conscience de ce qui m’entourait et je regardais avec mes nouveaux « yeux liseurs ». Enfin! J’avais le code pour lire ce qui m’apparaissait comme des hiéroglyphes! Je me sentais invincible et privilégiée devant mes frères et ma sœur, j’étais la seule à pouvoir décoder les écriteaux!

Alors les livres qui ont marqué mon enfance : (ok, je triche un peu...)

1— Les boites de mouchoirs « Royale » et les panneaux de la rue.


2— Un livre de bricolage – je devais avoir 5 ou 6 ans quand je reçus en cadeau de Noël ce grand livre de bricolage. J’appris que les livres étaient aussi faits pour apprendre des choses fabuleuses comme fabriquer des souris en feutrine, des poupées brodées, des marionnettes à doigt, des sacs à main. J’aime encore l’ouvrir pour faire remonter à la surface mes souvenirs de petite fille.

3— Les livres sur la sexualité — quand j’eus environ 10 ans, ma mère acheta une collection de livres sur la sexualité pour tous les âges, pour qu’on puisse s’éduquer nous-mêmes, et pour se décharger de la tâche ingrate de nous parler du sujet tabou. Mes parents déposaient dans ma chambre ce qu’ils voulaient que je lise. J’ai pleuré – que dis-je, braillé serait le terme le plus juste — la première fois que je les ai ouverts, c’est pour dire! J’appris que j’allais être transformée pour le reste de ma vie, ça m’a frappée de plein fouet comme un gros camion. Je ne voulais pas vieillir et je voulais rester une enfant pour toujours. J’ai eu très mal en apprenant la vérité sur la vie.

4- Un livre sur les animaux de la ferme, offert par ma tante Lulu. J’aimais beaucoup le feuilleter pour voir les photos des animaux.


Je vous publie le reste bientôt.

Quatre écrivains que je lirais encore et encore
Quatre écrivains que je ne relirai plus
Quatre livres à lire en attente
Quatre livres que je suis en train de lire

Quatre livres que je n'ai pas terminé
Quatre livres que j'apporterais sur une île déserte

28 juin 2007

Mon voyage en Europe (et au Manitoba.)

Je vous inquiète peut-être un peu, de partir comme ça sans nouvelles, mais j’étais en voyage. J’ai visité Londres et la campagne anglaise, Paris et la Provence, et les plaines du Manitoba. Que de splendeurs!
Mon budget total pour le voyage : 8 $.


Aussi loin que je me souvienne, c’est le plus beau voyage littéraire qu’il m’ait été donné de faire. J’ai pris le bateau, le train, le tramway, j’ai bu et j’ai mangé, senti, vibré, j’ai aussi ressenti toute une gamme d’émotions.

Pour voyager à petit budget, voici le secret…

«
La détresse et l’enchantement » de Gabrielle Roy, son autobiographie. À lire et à relire.

Vous m’en donnerez des nouvelles.


Je garderai ce voyage en mémoire longtemps. 10/10 (pour vos carnets).

(Qui m’avait suggéré ça? Je n’arrive pas à le retrouver)

18 juin 2007

Mon carnet d’auteurs ou « comment trouver des bons livres à tout coup »


J’ai pensé partager avec vous ma technique du carnet d’auteurs que j’ai « savamment » développée en écumant les librairies d’occasion. Je vous dévoile par le fait même que j’ai un sens de l’organisation à faire peur, de quoi impressionner la Sophie de Photomax (elle est organisatrice professionnelle et elle vient de publier « Vaincre le désordre »).

Voici :

Je me suis d’abord procuré un petit carnet d’adresses de poche à 1 $. Ensuite, dès que j’entends parler d’un livre en bien — soit par des amis, ou par les médias —, je note immédiatement, dans ce calepin d’adresses par ordre alphabétique, les informations suivantes :

L’auteur du livre (ex. : Jacques Poulin à la lettre P);
— Le ou les titres du ou des livres;
Le style (roman, essai, polar, poésie, philo, psycho, etc.);
Le code couleur (ex. : romans québécois en bleu, romans étrangers en rose, et les autres en jaune, ou développez votre propre code. C’est important, parce que dans les librairies, vous devrez faire les rayons des romans québécois de A à Z tout comme les romans étrangers et les autres sections genre : philosophie; psychologie; polar… aussi de A à Z. le code couleur accélère la recherche sur place);
La personne ou le média qui me l’a suggéré (ex. : le Devoir juin 2005, Châtelaine mai 2007, Pat janvier 2007…);
— Une note approximative de 6 à 10 selon les critiques et les amis (les 1 à 6 sont éliminés d’emblée).

Je traine toujours ce calepin avec moi dans mon sac. Quand vient le temps d’aller acheter ou emprunter un livre, je passe en revue les rayons avec mon précieux carnet pour trouver les livres suggérés. (Ex. : J’écume le rayon des « P » pour trouver « Poulin » et ensuite le titre du livre recherché.) Si un titre n’est pas disponible sous l’auteur, je pourrai toujours me rabattre sur une autre de ses oeuvres.

Je dégote toujours un des livres de mon carnet avec une grande satisfaction et je suis rarement déçue étant donné que les titres m’ont été transmis par des personnes ou des médias en qui j’ai confiance.

Un autre des avantages du carnet d’auteur : je passe par-dessus le dictat de la nouveauté et j’économise des centaines de dollars. Ainsi, munie de la liste élaborée à partir de vos suggestions, je me suis procuré 17 livres pour 184 $ (taxes incluses), dont quelques éditions cartonnées ainsi que des briques de plus de 400 pages. Vous savez qu’une nouveauté ou un livre neuf se vend au minimum 20 $ alors qu’on en trouve à 30 $. Selon mon calcul, j’ai économisé environ 250 $, ou encore plus important, j’ai eu accès à des livres que je n’aurai pas achetés faute de budget.

Allez-vous adopter mon carnet d’auteurs? Est-ce que je suis une «parano» de l’organisation dites-moi?

P. s : appliquez ce truc pour les films et vous voilà muni d’un solide carnet pour vos prochaines locations! Classez-les par titres, sauf si vous allez dans un club vidéo de répertoire, ou là, les films sont classés par cinéastes.

Bonne lecture!


Bientôt, je vous dévoile la section secrète de mon carnet d’auteur.

15 juin 2007

Liste des meilleurs livres selon mes blogolecteurs

À partir de vos suggestions, si gentiment faites dans les commentaires, je vous reproduis ici, une liste de vos meilleurs livres « à vie ».

J’ai délibérément mis la liste par ordre d’auteur, nom de famille en premier. Pourquoi? Parce qu’à la librairie, à la bibliothèque ou à la bouquinerie, c’est toujours par nom d’auteur que sont classés les livres.

Avant d’acheter un livre neuf, je vais toujours écumer les rayons des librairies d’occasion sur la rue Mont-Royal. Mais attendez demain... Parce que ce soir, c’est moi qui vais faire une razzia…

Pour savoir qui a fait les suggestions, lisez les commentaires
ici.

Liste à imprimer et emporter à la bibliothèque/librairie/bouquinerie.

Suggestion des lecteurs du « Journal de bord d’une camionneuse ».

Allende Isabel, « Un si long voyage », « Fille du destin »,
Auster Paul, sa « Trilogie new-yorkaise »,
Baricco Alejandro, «Soie»,
Bukoski, toute son œuvre,
Buten Howard, tous ses livres,
Charters Ann, « Kerouac, le vagabong »,
Châtelet Noëlle, « Histoires de bouche »,
Claudais Marcelyne, « Un jour, la jument va te parler » Éditions de Mortagnes, Boucherville 1983.
Cohen Albert « Belle du Seigneur »,
Conesa Pierre, « Guide du paradis »,
Druon Maurice, « Les rois maudits »,
Ducharme Réjean, « va savoir »,
Enquist Anna « le chef d'oeuvre »,
Ferney Alice « Grace et dénuement »,
Ferron Jacques, « L'amélanchier » et toute son œuvre,
Fleischer Alain, « L'amant en culottes courtes », Éditions du Seuil,
Follett Ken, « Les piliers de la terre »,
Frankl E. Victor (Victor E. Frankl), « Découvrir un sens à sa vie », Éditions de l’Homme,
Gaarder Jostein, « La belle aux oranges »,
Gabaldon Diana, toute la série de en commençant par «Le chardon et le tartan»,
Gary Romain, «Gros câlin» et «La vie devant soi»,
Houston Nancy, « La ligne de faille »,
Hudsvedt Siri « Tout ce que j'aimais »,
Irving John, « Le monde selon Garp »,
Jardin Alexandre, « le Zèbre », « L’ile des gauchers »,
Keitetsi China, « La petite fille à la kalachnikov »,
King Stephen, « Écritures »,
Kingsolver Barbara, « Les yeux dans les arbres »,
Kristoff Agota, « Le grand cahier », « Le Canard de bois »
Laberge Marie, sa trilogie « Gabrielle », « Adélaïde » et « Florent »
MacDonald Ann-Marie, « Un parfum de cèdre » et « Le vol du corbeau ».
Marmen Sonia, « Coeur de Gaël »,Lacombe Diane, « La châtelaine de Malaeig »,

Messadié Gérald, « L’Homme qui devint Dieu »
McCormack (prix Pulitzer), « Une chambre à soi »
Melville Herman, « Moi et ma cheminée »
Miller Henry, « Le sourire au pied de l'échelle »
Mistry Rohinton, « L’équilibre du monde »
Nadeau Jean-Benoît, « Écrire pour vivre », Éditions Québec Amérique, 2007
Pagnol Marcel, toute son œuvre,
Poulin Jacques, toute son œuvre, « Volkwagen blues »
Reyes Alina, « Le boucher »
Rilke « Lettres à un jeune poète »
Roy Gabrielle « La détresse et l'enchantement »
Sapienza Goliarda, « L’art de la joie » , Éditions Viviane Lamy
Tremblay Michel, « La grosse femme d'à côté » et la suite de ses Chroniques du Plateau.
Vian Boris, « L'écume des jours ».
Woolf Virginia, son essai sur les femmes et la fiction.

Bonne Lecture! Et n'hésitez pas à compléter la liste dans les commentaires, je l'ajouterai au fur et à mesure. Juste les meilleurs d'accord?

13 juin 2007

Bonne route René!

Je viens d’apprendre par Martine que René Lapalme qui tenait le bloque d'une vie en musique est mort d’un cancer le 9 juin. Il n’avait que 42 ans merde! J’en suis encore toute bouleversée. Ça fait tout drôle de voir que son blogue existe encore alors que lui n’existe plus. Une autre preuve que la vie est injuste! Il avait laissé quelques commentaires ici lorsque je vous vantais son talent pour faire des bd-photo.

Sur son blogue, il nous parle de façon touchante de sa maladie dont l’évolution fut fulgurante.

René,
où que tu sois,
je te souhaite une bonne route!


Pour laisser un voeu à sa famille, c'est ici

Diner dans un «Diner».


J’ai déjà roulé deux centaines de miles depuis ce matin quand m’apparait, tel un mirage, ce restaurant. Dans cette contrée quasi inhabitée (469 habitants en juillet 2005), alors que tout autour inspire la sobriété involontaire, la pauvreté et la misère, cet authentique « diner », vestige des années 50, me semble une illusion. D’autant plus que ce genre d’architecture est propre à la côte-est américaine : on en trouve beaucoup plus dans l’état de New York et du New Jersey. Bien qu’il nous reste encore six heures à rouler, nous ne sommes pas pressés : c’est dimanche et le client d’El Paso n’ouvre que lundi. Ça tombe bien, il est 11 h 30, Richard se réveille à l’instant tout de bonne humeur, heureux, lui aussi, de pouvoir s’arrêter quelques minutes pour se dégourdir et cesser de vibrer au diapason de la route. Qui sait après, ce que nous pourrons trouver comme endroit où stationner la grosse bête rouge? Il y a justement une cour de terre battue en bordure du chemin. Toutes les conditions sont réunies pour que j’accoste Fuego pour dérouiller les engrenages de son équipage.

Le snackbar nous
éblouit tellement il brille! Il est comme un immense miroir au milieu du désert, sur ses parois chromées, le ciel et le soleil se mirent, à savoir qui est le plus beau. Au ras du sol, les herbes et les plantes grasses se frayent un chemin à travers un parterre de pierres, à croire qu’il y a des terres pour tous les gouts, j’en connais qui ne pourraient pas s’enraciner ici.

L’enseigne au néon rose « Penny’s Diner » est allumée en permanence, une autre indique « open 24 h ».

À
l’intérieur, les banquettes en cuirette, le mobilier façon « fifties », les carreaux de céramique noirs et blancs, le bar lustré et la musique « rock and roll » contribuent au sentiment d’hallucination. Le menu non plus n’a pas changé d’époque : friture, burger, omelettes, bacons, œufs, pancake et gaufres au sirop, café qu’on vous glisse sur le comptoir laqué dès votre arrivée… Ici, il n’y a que les clients et les serveuses qui sont anachroniques.

Dans le restaurant, il fait un peu noir pour des Nordiques comme nous au sortir d’un long l’hiver, peut-être aussi qu’après l’éblouissement du chrome, nos pupilles ont du mal à s’ajuster à cette nouvelle intensité de lumière. La musique nous agace l’ouïe, non pas que nous n’aimions pas le genre, mais le silence est une denrée si rare à bord de Fuego, que nous le recherchons à chaque occasion. Dehors, l’inox nous fait miroiter une jolie terrasse. C’est là que nous nous assoyons.

Je n’avais pas très faim, alors j’ai à peine touché mes gaufres et mon café (autant dire que c’était de l’eau brune), tandis que Richard, pour qui c’était le premier repas de la journée, a pu manger des œufs et du bacon sans trop de culpabilité. Il n’y avait aucun légume dans nos assiettes, sauf si l’on considère les patates frites comme nutritives ou encore si on croit très fort que l’on se verse du vrai maïs quand le sirop dégouline dans le quadrillé de la pâte gaufrée… Pour les fruits, on avait des barquettes de confitures à volonté, c’est certainement bourré d’antioxydant ces affaires-là! Je soupçonne Penny d’être obèse et cardiaque tout comme ses clients réguliers. « Penny’s diner » ne remportera pas de concours de gastronomie (sauf si c’est local étant donné que c’est le seul restaurant…), mais pas grave! Ça fait nous fait tout de même du bien, de cesser de trembler à 1500 tours minutes comme le moteur de Fuego.


À Vaughn, le vent apaise tout : les bruits ambiants comme les habitants, cette nourriture me suffit pour diner.

11 juin 2007

Un p’tit bout de prairie américaine.




Je vous ai découpé un petit bout de la prairie américaine il y a quelques mois déjà. Le voici:


Plutôt que de prendre le trajet d’autoroutes tout tracé par l’ordinateur pour se rendre à El Paso en passant par Dallas au Texas, nous avons trafiqué un peu l’itinéraire programmé pour emprunter la route d’état numéro 54 et piquer à travers les terres du Nouveau-Mexique. C’est un parcours qui nous « change le paysage de place », et en plus, il raccourcit le chemin tant et si bien, que Fuego aura roulé 160 kilomètres de moins que prévu en arrivant à sa destination.

C’est dans la prairie sèche américaine que j’entame ma journée ce matin, alors que pas plus tard qu’hier, je me trouvais dans la zone climatique tempérée pour faire mon inspection matinale.

Nous sommes partis depuis vendredi midi et voilà deux jours que nous filons vers le sud-ouest. C’est le printemps au Nouveau-Mexique. Des tapis de minuscules fleurs mauves égayent ma traversée, quelques jaunes viennent mettre leur accent parmi les touffes d’herbes vertes-sauge et vert mousse. C’est à croire que Dame nature se fait décoratrice d’extérieur, elle sait continuellement comment agencer les matières et les formes, les textures et les couleurs.

La route est calme. Peu de gens et de camions s’aventurent ici à mon grand plaisir. J’aime le silence de ce territoire peu habité, il grésille comme les grillons.




Fuego brise le mur du silence quand je le mets en marche, mais je perçois toujours ce grand silence à travers ma fenêtre : la nature est bien trop vaste pour se formaliser d’une grosse bête rouge qui la parcourra de ses 18 pattes moelleuses. Fuego est l’animal qui court le plus vite dans cette prairie, talonné de près par l’antilope d’Amérique. Justement, au détour d’un vallon, nous en surprenons trois broutant en bordure de la route, elles détalent aussitôt à notre vue! Impressionnant! Elles pourraient aisément nous suivre, car elles sprintent jusqu’à 100 kilomètres à l’heure! Elles ressemblent à nos chevreuils québécois, mais elles sont facilement reconnaissables aux deux lignes foncées sur leur tête dominée par des cornes. C’était bien la première fois que j’en voyais. Elles ont vraiment le champ libre ici, puisqu’elles sont protégées et qu’il n’y a aucun danger que la ville vienne s’y installer, les magasins sont beaucoup trop loin…

Une suite bientôt… J'ai pris deux semaines pour écrire intensivement. Mais c'est difficile avec le beau temps...