Je suis camionneuse. Le camion, c’est mon bureau, les routes de l’Amérique, mon territoire. Je travaille avec des millions de collègues qui sillonnent ces couloirs, le jour, comme la nuit. Ma vie de tous les jours n’a rien d’ordinaire. Quand je me lève, je suis toujours ailleurs. Je me réveille dans une autre ville, un autre climat, un autre paysage. Mon bureau a une vue panoramique. Venez la contempler avec moi!
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17 mars 2007
14 mars 2007
Fuego à la ferme
La veille, les chevaux de Fuego se sont arrêtés pour écouter ceux de l’écurie et c’est sous une couverture d’étoiles que le silence est venu endormir les deux seules âmes humaines à rester sur la ferme.

Ce matin, quand je tire les rideaux, un brouillard matinal recouvre les lieux d’un voile flottant, le soleil se lève à peine, mais le jour m’appelle pour en profiter.
Je sors du camion en m’étirant et en respirant à pleins poumons et je pars faire le tour du propriétaire. Ça me change de marcher crispée, entre les mastodontes grondants m’observant de leurs yeux menaçants. C’est immense! En fait, ça me prend deux heures à pied pour faire le périmètre du domaine. Je comprends pourquoi les employés se déplacent en voiturettes ou en véhicule d’un endroit à l’autre, ils ne pourraient jamais faire leur travail si non, à moins de monter un cheval. Bientôt, on tiendra une compétition équestre et on s’affaire à préparer les lieux à recevoir des centaines de chevaux venus des 4 coins de l’État.
Une camionnette arrive en trombe, les chevaux hennissent de joie. Une jeune fille dynamique descend en leur parlant joyeusement, ils piaffent d’impatience dans leur stèle. Je souris devant le spectacle qui me donne envie d’aller à leur rencontre.
Quand elle m’a saluée chaleureusement, jamais je n’aurai pu me douter qu’elle n’était pas de l’endroit, tellement elle avait la chaleur géorgienne inscrite en elle. Mais à se mettre à converser, sous le regard attentif de l’attroupement à crinière, on a vite constaté nos accents respectifs.
Dani a été élevée dans la montagne pas loin de Munich. Il y a six ans, elle est tombée amoureuse d’un Américain en service sur une base de l’Allem
agne. L’amour les a fait se marier. Son histoire l’a amenée ici, près de Colombus et de la base militaire de Fort Benning. Les vingt chevaux dont elle a la garde la rendent radieuse, ses yeux brillent de passion et elle rayonne comme une Heidi en Géorgie. Pourtant, elle devra tout abandonner dans quelques semaines, pour suivre son époux appelé pour l’entrainement sur une base du Texas. Elle ne parait pas troublée pour autant, elle savait dès le départ dans quelle aventure elle s’embarquait. Bien au contraire, elle me fait part de son emballement : il y a des chevaux au Texas, et la famille de son mari s’y trouve. Ils sont en quelque sorte devenus la sienne, parce qu’elle a tout laissé derrière elle en Allemagne pour vivre avec son amoureux. Elle semble avoir pris racine en terre américaine. Elle m’a parlé de son pays où tout y était régulé au quart de tour et où les habitants sont très disciplinés, c’est l’unique chose qu’elle a trouvée à redire des Américains : ils manquent de discipline. J’ai compris pourquoi elle avait été séduite par un militaire. Dani est toujours enthousiaste à l’idée de découvrir d’autres lieux, d’autres avenues, d’autres paysages. Mais le Texas ne constitue qu’une étape d’un an dans la carrière de son époux, après, elle ne pourra pas le suivre, il partira à la guerre.
À trente ans, elle dit qu’elle a encore le temps pour les enfants. En fait, elle veut attendre qu’il revienne. Un nuage d’appréhensions passe sur son visage. Elle redoute le moment où il devra partir, elle a peur de ne jamais le revoir. Les travaux de la ferme l’ont endurcie, elle a en réserve des montagnes de force, mais elle préfère ne pas élever des enfants sans savoir s’ils pourront un jour serrer dans leurs bras autre chose que l’image en carton grandeur nature de leur père fournit par l’armée.
Hier, j’ai bu un café en ville à Colombus. J’ai constaté que l’habit militaire de camouflage — version « imprimés du désert » — fait prestigieux. Il signifie l’appartenance à la base de Fort Benning où des milliers de militaires s’entrainent à la guerre, pour servir un pays qui dit ne pas en vouloir. Ici, ces hommes et ces rares femmes sont respectés de tous, ils font vivre leur famille, mais ils savent qu’ils peuvent être déplacés à tout moment. J’y ai vu un très jeune engagé en uniforme, il devait avoir à peine 18 ans, ses parents l’accompagnaient avec ses petites soeurs, comme s’il était venu le reconduire à l’université pour quelques mois, sauf que c’est à l’armée qu’ils le laisseront. Peut-être était-ce le dernier café qu’ils ont pris ensemble avant longtemps.
Il y a plusieurs facettes à la guerre. Je viens d’en voir quelques-unes, ici, près de Fort Benning. Même très loin, la guerre finit par nous rattraper.

Ce matin, quand je tire les rideaux, un brouillard matinal recouvre les lieux d’un voile flottant, le soleil se lève à peine, mais le jour m’appelle pour en profiter.
Je sors du camion en m’étirant et en respirant à pleins poumons et je pars faire le tour du propriétaire. Ça me change de marcher crispée, entre les mastodontes grondants m’observant de leurs yeux menaçants. C’est immense! En fait, ça me prend deux heures à pied pour faire le périmètre du domaine. Je comprends pourquoi les employés se déplacent en voiturettes ou en véhicule d’un endroit à l’autre, ils ne pourraient jamais faire leur travail si non, à moins de monter un cheval. Bientôt, on tiendra une compétition équestre et on s’affaire à préparer les lieux à recevoir des centaines de chevaux venus des 4 coins de l’État.
Une camionnette arrive en trombe, les chevaux hennissent de joie. Une jeune fille dynamique descend en leur parlant joyeusement, ils piaffent d’impatience dans leur stèle. Je souris devant le spectacle qui me donne envie d’aller à leur rencontre.
Quand elle m’a saluée chaleureusement, jamais je n’aurai pu me douter qu’elle n’était pas de l’endroit, tellement elle avait la chaleur géorgienne inscrite en elle. Mais à se mettre à converser, sous le regard attentif de l’attroupement à crinière, on a vite constaté nos accents respectifs.
Dani a été élevée dans la montagne pas loin de Munich. Il y a six ans, elle est tombée amoureuse d’un Américain en service sur une base de l’Allem
agne. L’amour les a fait se marier. Son histoire l’a amenée ici, près de Colombus et de la base militaire de Fort Benning. Les vingt chevaux dont elle a la garde la rendent radieuse, ses yeux brillent de passion et elle rayonne comme une Heidi en Géorgie. Pourtant, elle devra tout abandonner dans quelques semaines, pour suivre son époux appelé pour l’entrainement sur une base du Texas. Elle ne parait pas troublée pour autant, elle savait dès le départ dans quelle aventure elle s’embarquait. Bien au contraire, elle me fait part de son emballement : il y a des chevaux au Texas, et la famille de son mari s’y trouve. Ils sont en quelque sorte devenus la sienne, parce qu’elle a tout laissé derrière elle en Allemagne pour vivre avec son amoureux. Elle semble avoir pris racine en terre américaine. Elle m’a parlé de son pays où tout y était régulé au quart de tour et où les habitants sont très disciplinés, c’est l’unique chose qu’elle a trouvée à redire des Américains : ils manquent de discipline. J’ai compris pourquoi elle avait été séduite par un militaire. Dani est toujours enthousiaste à l’idée de découvrir d’autres lieux, d’autres avenues, d’autres paysages. Mais le Texas ne constitue qu’une étape d’un an dans la carrière de son époux, après, elle ne pourra pas le suivre, il partira à la guerre.À trente ans, elle dit qu’elle a encore le temps pour les enfants. En fait, elle veut attendre qu’il revienne. Un nuage d’appréhensions passe sur son visage. Elle redoute le moment où il devra partir, elle a peur de ne jamais le revoir. Les travaux de la ferme l’ont endurcie, elle a en réserve des montagnes de force, mais elle préfère ne pas élever des enfants sans savoir s’ils pourront un jour serrer dans leurs bras autre chose que l’image en carton grandeur nature de leur père fournit par l’armée.
Hier, j’ai bu un café en ville à Colombus. J’ai constaté que l’habit militaire de camouflage — version « imprimés du désert » — fait prestigieux. Il signifie l’appartenance à la base de Fort Benning où des milliers de militaires s’entrainent à la guerre, pour servir un pays qui dit ne pas en vouloir. Ici, ces hommes et ces rares femmes sont respectés de tous, ils font vivre leur famille, mais ils savent qu’ils peuvent être déplacés à tout moment. J’y ai vu un très jeune engagé en uniforme, il devait avoir à peine 18 ans, ses parents l’accompagnaient avec ses petites soeurs, comme s’il était venu le reconduire à l’université pour quelques mois, sauf que c’est à l’armée qu’ils le laisseront. Peut-être était-ce le dernier café qu’ils ont pris ensemble avant longtemps.
Il y a plusieurs facettes à la guerre. Je viens d’en voir quelques-unes, ici, près de Fort Benning. Même très loin, la guerre finit par nous rattraper.
10 mars 2007
La chaleur du Sud
Quand on a lu « litière à cheval à livrer sur une ferme » sur les papiers du voyage, on a préféré rouler les 24 heures de route qui nous séparaient d’Hamilton sans s’arrêter, pour arriver à la clarté; parce que se présenter la nuit avec un attirail comme le nôtre, sur ce qu’on a supposé être un petit chemin de terre sans éclairage, c’est courir après les ennuis.
Comme une Nordique qui débarque de l’avion dans les Caraïbes au mois de janvier, la chaleur du sud me happe dès que je descends du camion à la rencontre du propriétaire de la « Poplar place farm ». Pour dire vrai, j’ai gardé le réflexe de mettre mes bottes et ma double couche de manteau pour de sortir, car après tout, pas plus tard que la veille, il faisait moins vingt au Canada. Le maitre de lieux m’accueille en manches courtes aussi chaleureusement que le climat de la Géorgie : sourire radieux; poignée de main ferme et volontaire; sillons blanchâtres sur peau cuirassée au soleil; ventre bien rond témoignant de son gout pou
r la bonne chère et pour les véhicules motorisés. Je m’empresse de retirer mon trop-plein d’habits avant de commencer à dégouter comme une crème molle sur les doigts d’un enfant dépassé par sa montagne sucrée. Mais quand Gary enlève sa casquette et qu’il se met à se gratter la tête nerveusement avec l’air un peu embêté, je vois bien que quelque chose cloche. Il m’annonce en hésitant que la veille, le pneu de l’unique tracteur capable de nous décharger a crevé. C’est en se confondant en excuses qu’il nous apprend qu’on devra attendre jusqu’au lendemain après-midi, puisque la pièce viendra d’Atlanta.
À mes débuts, j’aurais bouilli intérieurement et gaspillé beaucoup d’énergie pour tenter d’en changer le cours des circonstances, pour obtenir finalement peu de résultats. « Au moins, j’aurai essayé » était ma devise. Mais avec le temps, j’ai appris à déceler les choses pour lesquelles je ne peux rien changer et à laisser les évènements m’apporter des aventures inattendues. Quel bonheur! Ne penser à rien d’autre que de se laisser aller à la découverte. (Voyez l’effet d’une double dose d’omegaJoy depuis quelques semaines…) D’autant plus que cet endroit immense où le silence crie sa présence m’apparait comme paradisiaque comp
aré aux endroits asphaltés où l’on a l’habitude de s’arrêter.
Gary s’installe au volant de sa voiturette de ferme John Deere, il me fait signe d’embarquer à ses côtés, et à Richard de nous suivre avec Fuego. Tout ce tour de manège à vive allure pour s’arrêter 100 mètres plus loin, là où il veut décharger les ballots de copeaux de bois demain. Moi qui n’aime pas trop les véhicules motorisés, j’avoue que ce petit tour m’a procuré un plaisir jusque-là ignoré et que j’y prendrai gout assez vite sur l’immensité de ce ranch où l’on a l’impression de ne jamais avancer quand on fait un pas. On décroche la remorque, ainsi, on sera plus libre de nos mouvements.
Il y a tout ce qu’il faut ici pour quelqu’un qui n’espère rien de plus qu’écouter les bruits des chevaux et respirer l’air purifié par la forêt
environnante. C’est le truckstop le plus silencieux qu’il nous ait été donné fréquenter. Notre hôte est avenant, sans qu’on lui en fasse la demande, comme s’il avait déjà été lui-même camionneur dans une autre vie. Il nous indique comment combler nos besoins essentiels : il nous pointe les douches de son centre équestre de compétition; nous informe que l’épicerie la plus près ferme à 20 h, il regarde Richard de son œil amusé et lui indique où se trouve le Hooters le plus près en éclatant de rire, il se doute bien que je ne suis pas le genre à fréquenter une restaurant où l’on embauche des serveuses pour leurs attributs physiques en les mettant en valeur avant ce qu’il y a dans l’assiette, mais il dit à mon intention, sans me connaitre, où se trouve le Starbucks en ville si j’ai envie de prendre un café. Décidément, on dirait qu’il nous connait! Comment sait-il que le café de Starbuck est l’unique café américain que je trouve buvable et qu’il respecte mes valeurs d’équité? La ville de Colombus est à quelques kilomètres et on pourra en profiter pour faire nos courses avant de revenir au ranch, de toute façon, la nuit va tomber bientôt et on pourra voir les lieux demain matin.
Cette chaleur légendaire du sud m’embaume et me réconforte, les légendes sont parfois vrais.
Comme une Nordique qui débarque de l’avion dans les Caraïbes au mois de janvier, la chaleur du sud me happe dès que je descends du camion à la rencontre du propriétaire de la « Poplar place farm ». Pour dire vrai, j’ai gardé le réflexe de mettre mes bottes et ma double couche de manteau pour de sortir, car après tout, pas plus tard que la veille, il faisait moins vingt au Canada. Le maitre de lieux m’accueille en manches courtes aussi chaleureusement que le climat de la Géorgie : sourire radieux; poignée de main ferme et volontaire; sillons blanchâtres sur peau cuirassée au soleil; ventre bien rond témoignant de son gout pou
r la bonne chère et pour les véhicules motorisés. Je m’empresse de retirer mon trop-plein d’habits avant de commencer à dégouter comme une crème molle sur les doigts d’un enfant dépassé par sa montagne sucrée. Mais quand Gary enlève sa casquette et qu’il se met à se gratter la tête nerveusement avec l’air un peu embêté, je vois bien que quelque chose cloche. Il m’annonce en hésitant que la veille, le pneu de l’unique tracteur capable de nous décharger a crevé. C’est en se confondant en excuses qu’il nous apprend qu’on devra attendre jusqu’au lendemain après-midi, puisque la pièce viendra d’Atlanta.À mes débuts, j’aurais bouilli intérieurement et gaspillé beaucoup d’énergie pour tenter d’en changer le cours des circonstances, pour obtenir finalement peu de résultats. « Au moins, j’aurai essayé » était ma devise. Mais avec le temps, j’ai appris à déceler les choses pour lesquelles je ne peux rien changer et à laisser les évènements m’apporter des aventures inattendues. Quel bonheur! Ne penser à rien d’autre que de se laisser aller à la découverte. (Voyez l’effet d’une double dose d’omegaJoy depuis quelques semaines…) D’autant plus que cet endroit immense où le silence crie sa présence m’apparait comme paradisiaque comp
aré aux endroits asphaltés où l’on a l’habitude de s’arrêter.Gary s’installe au volant de sa voiturette de ferme John Deere, il me fait signe d’embarquer à ses côtés, et à Richard de nous suivre avec Fuego. Tout ce tour de manège à vive allure pour s’arrêter 100 mètres plus loin, là où il veut décharger les ballots de copeaux de bois demain. Moi qui n’aime pas trop les véhicules motorisés, j’avoue que ce petit tour m’a procuré un plaisir jusque-là ignoré et que j’y prendrai gout assez vite sur l’immensité de ce ranch où l’on a l’impression de ne jamais avancer quand on fait un pas. On décroche la remorque, ainsi, on sera plus libre de nos mouvements.
Il y a tout ce qu’il faut ici pour quelqu’un qui n’espère rien de plus qu’écouter les bruits des chevaux et respirer l’air purifié par la forêt
environnante. C’est le truckstop le plus silencieux qu’il nous ait été donné fréquenter. Notre hôte est avenant, sans qu’on lui en fasse la demande, comme s’il avait déjà été lui-même camionneur dans une autre vie. Il nous indique comment combler nos besoins essentiels : il nous pointe les douches de son centre équestre de compétition; nous informe que l’épicerie la plus près ferme à 20 h, il regarde Richard de son œil amusé et lui indique où se trouve le Hooters le plus près en éclatant de rire, il se doute bien que je ne suis pas le genre à fréquenter une restaurant où l’on embauche des serveuses pour leurs attributs physiques en les mettant en valeur avant ce qu’il y a dans l’assiette, mais il dit à mon intention, sans me connaitre, où se trouve le Starbucks en ville si j’ai envie de prendre un café. Décidément, on dirait qu’il nous connait! Comment sait-il que le café de Starbuck est l’unique café américain que je trouve buvable et qu’il respecte mes valeurs d’équité? La ville de Colombus est à quelques kilomètres et on pourra en profiter pour faire nos courses avant de revenir au ranch, de toute façon, la nuit va tomber bientôt et on pourra voir les lieux demain matin.Cette chaleur légendaire du sud m’embaume et me réconforte, les légendes sont parfois vrais.
Nous sommes de retour au Canada d'un voyage en Géorgie. On prend une remorque chargée à Toronto pour aller à Laredo. Je publie une partie du texte sur le sud, l'autre partie viendra bientôt. Les photos aussi. Merci de me suivre dans mes hauts et mes bas, vous savoir là m'encourage à continuer d'écrire. Je n'ai pas publié beaucoup dernièrement, par contre j'ai écrit pas mal, mais rien qui me satisfasse assez pour vous le faire lire. On dirait que j'ai moins le temps sur la route, parce qu'on a souvent des voyages courts qui ne me permettent pas de terminer ce que j'avais commencé. Enfin, j'espère que vous comprendrez, fidèles lecteurs. Je vous rembarque, la lumière du jour me donne du pep, le printemps s'en vient!
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