13 juin 2007

Diner dans un «Diner».


J’ai déjà roulé deux centaines de miles depuis ce matin quand m’apparait, tel un mirage, ce restaurant. Dans cette contrée quasi inhabitée (469 habitants en juillet 2005), alors que tout autour inspire la sobriété involontaire, la pauvreté et la misère, cet authentique « diner », vestige des années 50, me semble une illusion. D’autant plus que ce genre d’architecture est propre à la côte-est américaine : on en trouve beaucoup plus dans l’état de New York et du New Jersey. Bien qu’il nous reste encore six heures à rouler, nous ne sommes pas pressés : c’est dimanche et le client d’El Paso n’ouvre que lundi. Ça tombe bien, il est 11 h 30, Richard se réveille à l’instant tout de bonne humeur, heureux, lui aussi, de pouvoir s’arrêter quelques minutes pour se dégourdir et cesser de vibrer au diapason de la route. Qui sait après, ce que nous pourrons trouver comme endroit où stationner la grosse bête rouge? Il y a justement une cour de terre battue en bordure du chemin. Toutes les conditions sont réunies pour que j’accoste Fuego pour dérouiller les engrenages de son équipage.

Le snackbar nous
éblouit tellement il brille! Il est comme un immense miroir au milieu du désert, sur ses parois chromées, le ciel et le soleil se mirent, à savoir qui est le plus beau. Au ras du sol, les herbes et les plantes grasses se frayent un chemin à travers un parterre de pierres, à croire qu’il y a des terres pour tous les gouts, j’en connais qui ne pourraient pas s’enraciner ici.

L’enseigne au néon rose « Penny’s Diner » est allumée en permanence, une autre indique « open 24 h ».

À
l’intérieur, les banquettes en cuirette, le mobilier façon « fifties », les carreaux de céramique noirs et blancs, le bar lustré et la musique « rock and roll » contribuent au sentiment d’hallucination. Le menu non plus n’a pas changé d’époque : friture, burger, omelettes, bacons, œufs, pancake et gaufres au sirop, café qu’on vous glisse sur le comptoir laqué dès votre arrivée… Ici, il n’y a que les clients et les serveuses qui sont anachroniques.

Dans le restaurant, il fait un peu noir pour des Nordiques comme nous au sortir d’un long l’hiver, peut-être aussi qu’après l’éblouissement du chrome, nos pupilles ont du mal à s’ajuster à cette nouvelle intensité de lumière. La musique nous agace l’ouïe, non pas que nous n’aimions pas le genre, mais le silence est une denrée si rare à bord de Fuego, que nous le recherchons à chaque occasion. Dehors, l’inox nous fait miroiter une jolie terrasse. C’est là que nous nous assoyons.

Je n’avais pas très faim, alors j’ai à peine touché mes gaufres et mon café (autant dire que c’était de l’eau brune), tandis que Richard, pour qui c’était le premier repas de la journée, a pu manger des œufs et du bacon sans trop de culpabilité. Il n’y avait aucun légume dans nos assiettes, sauf si l’on considère les patates frites comme nutritives ou encore si on croit très fort que l’on se verse du vrai maïs quand le sirop dégouline dans le quadrillé de la pâte gaufrée… Pour les fruits, on avait des barquettes de confitures à volonté, c’est certainement bourré d’antioxydant ces affaires-là! Je soupçonne Penny d’être obèse et cardiaque tout comme ses clients réguliers. « Penny’s diner » ne remportera pas de concours de gastronomie (sauf si c’est local étant donné que c’est le seul restaurant…), mais pas grave! Ça fait nous fait tout de même du bien, de cesser de trembler à 1500 tours minutes comme le moteur de Fuego.


À Vaughn, le vent apaise tout : les bruits ambiants comme les habitants, cette nourriture me suffit pour diner.

6 commentaires:

André Tremblay. a dit...

Sandra,

Je commenterai ce billet un peu plus tard, là, je ne m’en sens pas la capacité.

Martin-Victor a dit...

She's alive!!! ALIVE!!!

André Tremblay. a dit...

Sandra,

Ton texte est superbe. Ça augure très bien pour ton livre. Les phrases coulent, les images sont belles et chaque mot semble avoir été choisi avec minutie.

Dis donc, t’es devenue une saprée bonne technicienne sur le blogue ! Tu as même un bout filmé… Aurais-tu de la graine de réalisatrice en plus ?

Bonne continuation de route.

Stephan Bedard a dit...

J'ai mangé dans un dinner de ce genre une fois, il me semble que c'était pas très loin d'ici... dans le massachusetts, quelque part dans un petit village entre l'aurotoute 87 et la route 7...

J'aime bien l'ambiance de ces petits dinner, la bouffe est bonne, l'atmosphère est relaxe... on en retrouve quelques uns aux états-unis. Malheureusement, ils sont souvent dans de petits villages que l'on ne traverse pas souvent en camion!

Superbe ton blogue! continue ton beau ton beau travail!
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Isabelle Robberts a dit...

Salut Sandra ! Alors vous avez mangé dans un «Dinner» ! Je voulais te rapeller qu'il n'y en a pas qu'au États-Unis, à Saint-Jérôme on à toujours notre «Dinner» authentique, «Johnny» !(603 rue St-Georges) Je sais que toi et Richard avez fait votre cours au CFTR de Saint-Jérôme, je ne sais pas nécessairement si vous avez habité la ville pendant la durée de votre cours ou avant, mais «Johnny» est vraiment une référence pour les Jérômiens. Ouvert jusqu'à tard dans la nuit pour les fringales nocturnes, «Johnny» fait partie de la culture de Saint-Jérôme depuis 1945. Qui n'a jamais mangé un club chez «Jonny» manque quelque chose ! Si vous passez par là, ça vaut le détour ! Il n'est peu être plus aussi scintillant que celui auquel vous êtes allés, l'hiver québécois est plutôt dur sur la tôle chromée, mais la devanture a toujours le style original d'un «Dinner».
Je pars à la fin du mois avec Marc pour rouler sur les mêmes routes que Fuego pour ma période de vacances, j'ai de plus en plus hâte! Continues d'écrire, la lecture de tes avantures est devenue un rituel pour moi !
Bonne route ! Isabelle :)

Gcoq a dit...

Superbe! J'en reve.... manger dedans... mais aussi avoir une Airstream, mais c'est tellement cher ici, que faut que j'oublie!!!