10 mars 2007

La chaleur du Sud

Quand on a lu « litière à cheval à livrer sur une ferme » sur les papiers du voyage, on a préféré rouler les 24 heures de route qui nous séparaient d’Hamilton sans s’arrêter, pour arriver à la clarté; parce que se présenter la nuit avec un attirail comme le nôtre, sur ce qu’on a supposé être un petit chemin de terre sans éclairage, c’est courir après les ennuis.

Comme une Nordique qui débarque de l’avion dans les Caraïbes au mois de janvier, la chaleur du sud me happe dès que je descends du camion à la rencontre du propriétaire de la « Poplar place farm ». Pour dire vrai, j’ai gardé le réflexe de mettre mes bottes et ma double couche de manteau pour de sortir, car après tout, pas plus tard que la veille, il faisait moins vingt au Canada. Le maitre de lieux m’accueille en manches courtes aussi chaleureusement que le climat de la Géorgie : sourire radieux; poignée de main ferme et volontaire; sillons blanchâtres sur peau cuirassée au soleil; ventre bien rond témoignant de son gout pour la bonne chère et pour les véhicules motorisés. Je m’empresse de retirer mon trop-plein d’habits avant de commencer à dégouter comme une crème molle sur les doigts d’un enfant dépassé par sa montagne sucrée. Mais quand Gary enlève sa casquette et qu’il se met à se gratter la tête nerveusement avec l’air un peu embêté, je vois bien que quelque chose cloche. Il m’annonce en hésitant que la veille, le pneu de l’unique tracteur capable de nous décharger a crevé. C’est en se confondant en excuses qu’il nous apprend qu’on devra attendre jusqu’au lendemain après-midi, puisque la pièce viendra d’Atlanta.

À mes débuts, j’aurais bouilli intérieurement et gaspillé beaucoup d’énergie pour tenter d’en changer le cours des circonstances, pour obtenir finalement peu de résultats. « Au moins, j’aurai essayé » était ma devise. Mais avec le temps, j’ai appris à déceler les choses pour lesquelles je ne peux rien changer et à laisser les évènements m’apporter des aventures inattendues. Quel bonheur! Ne penser à rien d’autre que de se laisser aller à la découverte. (Voyez l’effet d’une double dose d’omegaJoy depuis quelques semaines…) D’autant plus que cet endroit immense où le silence crie sa présence m’apparait comme paradisiaque comparé aux endroits asphaltés où l’on a l’habitude de s’arrêter.

Gary s’installe au volant de sa voiturette de ferme John Deere, il me fait signe d’embarquer à ses côtés, et à Richard de nous suivre avec Fuego. Tout ce tour de manège à vive allure pour s’arrêter 100 mètres plus loin, là où il veut décharger les ballots de copeaux de bois demain. Moi qui n’aime pas trop les véhicules motorisés, j’avoue que ce petit tour m’a procuré un plaisir jusque-là ignoré et que j’y prendrai gout assez vite sur l’immensité de ce ranch où l’on a l’impression de ne jamais avancer quand on fait un pas. On décroche la remorque, ainsi, on sera plus libre de nos mouvements.

Il y a tout ce qu’il faut ici pour quelqu’un qui n’espère rien de plus qu’écouter les bruits des chevaux et respirer l’air purifié par la forêt environnante. C’est le truckstop le plus silencieux qu’il nous ait été donné fréquenter. Notre hôte est avenant, sans qu’on lui en fasse la demande, comme s’il avait déjà été lui-même camionneur dans une autre vie. Il nous indique comment combler nos besoins essentiels : il nous pointe les douches de son centre équestre de compétition; nous informe que l’épicerie la plus près ferme à 20 h, il regarde Richard de son œil amusé et lui indique où se trouve le Hooters le plus près en éclatant de rire, il se doute bien que je ne suis pas le genre à fréquenter une restaurant où l’on embauche des serveuses pour leurs attributs physiques en les mettant en valeur avant ce qu’il y a dans l’assiette, mais il dit à mon intention, sans me connaitre, où se trouve le Starbucks en ville si j’ai envie de prendre un café. Décidément, on dirait qu’il nous connait! Comment sait-il que le café de Starbuck est l’unique café américain que je trouve buvable et qu’il respecte mes valeurs d’équité? La ville de Colombus est à quelques kilomètres et on pourra en profiter pour faire nos courses avant de revenir au ranch, de toute façon, la nuit va tomber bientôt et on pourra voir les lieux demain matin.

Cette chaleur légendaire du sud m’embaume et me réconforte, les légendes sont parfois vrais.


Nous sommes de retour au Canada d'un voyage en Géorgie. On prend une remorque chargée à Toronto pour aller à Laredo. Je publie une partie du texte sur le sud, l'autre partie viendra bientôt. Les photos aussi. Merci de me suivre dans mes hauts et mes bas, vous savoir là m'encourage à continuer d'écrire. Je n'ai pas publié beaucoup dernièrement, par contre j'ai écrit pas mal, mais rien qui me satisfasse assez pour vous le faire lire. On dirait que j'ai moins le temps sur la route, parce qu'on a souvent des voyages courts qui ne me permettent pas de terminer ce que j'avais commencé. Enfin, j'espère que vous comprendrez, fidèles lecteurs. Je vous rembarque, la lumière du jour me donne du pep, le printemps s'en vient!

5 commentaires:

Jean a dit...

Chère Sandra, encore un beau récit descriptif comme je les aime: on sait parfaitement ce qui se passe comme si on y était; on voit, on sent, on entend tout comme si on y était! Quel plaisir cette lecture! Et encore une fois, où vas-tu chercher toutes ces images littéraires comme, par exemple: "cet endroit immense où le silence crie sa présence"... Wow!...

Anonyme a dit...

Bonjour, bonsoir mademoiselle :) Que vous écrivez bien ! C'est un divertissement que de vous lire. Je m'appelle Alain Marier et j’aurai 31 ans le 22 mars prochain. J'ai terminé le CFTR en 2003. J'ai fait, grosso modo une grosse année en tout et pour tout chez DFS sur la Californie. Je conduisais sur les routes du Québec jusqu’à, il y a environ 6 mois.
Après avoir participé à quelques productions théâtrales, je suis devenu membre actif de l’Union des artistes et depuis c’est sur les plateaux de tournage en figuration et parfois en rôle que je fais mes petits dollars ☺ Je fais également de la radio à CINQ FM 102,3 (Radio Centre-Ville).
C’est le blogue de mon co-animateur unevieenmusique.com qui m’a fait découvrir le vôtre.
Si vous visitez son blogue actuellement c’est plutôt calme car il prend une pause santé!
Les deux heures d’émission s’y retrouve tout de même.
J’ai une idée derrière la tête. Je suis conscient des frais d’interurbains, cependant j’aimerais beaucoup communiquer avec vous sur une base régulière ou comme il vous conviendra.
Il s’agirait d’une communication en direct sur les ondes de www.radiocentreville.com les mardis matins entre 6 et 8. Votre disponibilité serait la mienne. Ça se passerait sous forme de conversation très naturelle et sans prétention. Le sujet serait aussi le vôtre… Avez-vous la moindre idée du respect que j’ai pour ces gens comme vous qui tenez bon à travers les tempêtes, les pépins mécaniques, les douanes et je suis sûr que la lecture attentive de votre blogue m’en apprendrait de nouvelles que je n’ai pas eues le temps de voir.
Si l’envie et le temps vous le permettent, j’attends de vos nouvelles.
Vous pouvez trouver mes coordonnées via le www.alainmarier.com
Merci ☺

Anonyme a dit...

Merci de nous partager toutes ces aventures.. J'ai de plus en plus hâte de faire partie de ces routes et découvertes....
Au plaisir
Nancy B.

Léonor a dit...

Bravo pour cette sagesse devant les petits pépins de l'existence. Ces OmegaJoy ont l'air drôlement efficaces, dommage qu'on n'en trouve pas ici. Tu pourrais en ramener un plein camion, il y a de la demande... Y serait-il amphibie, Fuego ? Parce qu'il y a de l'eau d'ici à chez vous !
Ton récit me fait envie, cette ferme de compétition à cheval doit être géniale. J'adore les chevaux et ils me manquent beaucoup. Il faut dire qu'avant de rencontrer Chéri, je vivais dans un centre équestre, celui de ma famille...
Voilà, voilà !
Gros bisous et à bientôt !

Mijo a dit...

ça semble tellement décalé pour Fuego cette halte bucolique.

Mais j'aime quand c'est décalé.