20 janvier 2007

Fuego sauvé, sauvera-t-il à son tour?

Vendredi soir, Fuego se trouvait trop mal en point pour transporter quoi que ce soit, trop sonné par son engelure, d’autant plus que ses chauffeurs n’avaient plus le rythme pour rouler jour et nuit, de sorte qu’un voyage pour se refaire une fierté nous est passé sous le nez. En effet, n’eut été de cette avarie hivernale, Fuego aurait eu un rendez-vous au «MTS center» — non pas qu’il ait attrapé une MTS au contact intime avec d’autres camions —, mais bel et bien à l’aréna des Moose de Winnipeg (qui s’appelle véritablement MTS!). Notre mission — si toutefois nous avions pu accepter — aurait consisté à attendre que l’affrontement entre les Bull Dogs d’Hamilton et les Mooses de Winnipeg se termine, à remplir la remorque de leur équipement et à rouler sans arrêt jusqu’à Chicago pour arriver avant leur joute du lendemain soir. Un voyage dessiné pour des pompiers de l’autoroute comme nous, avec 15 heures de conduite, sans compter la paperasse pour traverser la frontière américaine, ni le temps de charger et de décharger, ni le stress d’arriver providentiellement pour la partie, ni celui de voir 25 joueurs tous nus sur le trottoir à Chicago en faisant le pied de grue escomptant leurs habits pour la glace. Pour les sauver de la honte, il faut absolument au Bull Dogs, une équipe de deux chauffeurs pour mener à temps la marchandise tout en respectant la loi. Un chauffeur solo n’est autorisé à conduire que onze heures en 24 heures au Canada et aux États-Unis, alors quand les Bull Dogs ont vu qu’à 16 h 30, nous n’étions toujours pas en état de rouler parce que nous espérions encore notre sauveur, ils ont préféré chercher une autre compagnie pour transporter leurs précieuses tenues.

Dommage, j’aurais aimé contribuer à sauver l’honneur de l’équipe de la
AHL, affiliée aux Canadiens de Montréal, comme dans le film québécois «les Boys II» (où l’équipe de garage québécoise se fait voler son équipement juste avant affronter l’équipe de Chamonix, et qu’ils doivent se résigner à jouer dans des habits et accoutrements dépareillés trop grands ou trop petits), sans compter que ça m’aurait fait du sapré bon matériel pour écrire…

Mais qu’à cela ne tienne, à notre réveil dans une chambre à l’habitacle très douillet, nous recevons une mission qui nous permettra de nous redorer le héros, terni par le froid.

Mission : À Grand Forks dans le Dakota du Nord, un frère d’huile de Fuego est pris dans la glace. Votre mission, si toutefois vous l’acceptez, consiste à descendre
à 140 miles au sud en franchissant la frontière américaine, faire un échange rapide de remorque avec le chauffeur, et livrer la marchandise à temps pour lundi matin à Edmonton en Alberta. Ce message s’autodétruira dans quelques secondes, si vous êtes pris, nous nierons l’existence de ce message.

Bien sûr, nous avons accepté malgré les risques d’aller au nord du 49e parallèle par pareil froid. Nous avons reformé notre équipe habituelle, à qui toutes les missions réussissent, - c’est bien connu - avec Fuego comme partenaire privilégié et Richard et moi en tête.

Au garage, Fuego a repris vie et il respire mieux. Il est tout excité quand on lui confie la mission. Il se laisse mettre au petit trot vers le sud pour ne pas trop se faire remarquer par le froid.

À Grand Forks, nous rencontrons le chauffeur infortuné qui nous remet sans broncher sa remorque pleine de pneus, tout en acceptant la nôtre vide. Vraisemblablement, le chef l’avait mis dans le coup. Sans perdre de vu notre objectif, nous laissons le pauvre chauffeur à pied, dans une ville dessinée pour la voiture, là où seul
Terry Fox aurait survécu sans moyen de transport motorisé. C’est du chacun-pour-soi dans ce métier impossible, pas de sentiments si nous voulons mener à bien notre mission. À peine avons-nous effleuré le Dakota du Nord que nous virons toutes les machines de bord pour mettre le cap vers le nord-ouest, en direction d’Edmonton, là où l’industrie pétrolière fait battre le cœur de la ville artificiellement, encrassant les poumons de tous les Terriens à mesure qu’ils arrachent la terre du sol pour en extraire le pétrole. Plus les Albertains creusent, plus ils s’enfoncent dans la pollution entrainant avec eux tous les Canadiens dans la folle course à l’exploitation des sables bitumineux pour fournir « nos amis les Américains » en pétrole qui veulent cesser de dépendre du Moyen-Orient, et se tarir d’acheter le pétrole d’un pays démocratique favorisant le libre marché — dixit notre premier ministre —. (Si le sujet vous intrigue, écoutez l’excellent reportage du journaliste Guy Gendron à l’émission zone libre de la télé de radio-canada. Vous y verrez les horreurs des champs de sables bitumineux de Fort McMurray, contrastant avec l’image du Canada si beau et si vierge que vous avez peut-être encore…).

Aller Fuego, ya! Ya! Et en route pour l’Alberta.

4 commentaires:

Anonyme a dit...

Ravie que Fuego aie retrouvé la forme. j'adore la façon de commenter ! je vous souhaite bon courage pour affronter ce froid... grosses caresses sur le museau de Fuego et amitiés pour ses dompteurs !!
Nicole Valois, France

Jean a dit...

Il y a plusieurs jours maintenant que Fuego n'a pas revu son écurie... Se souviendra-t-il du chemin du retour?... A-t-il semé des cailloux derrière lui pour mieux se retrouver?... Saura-t-il reconnaître sa stalle personnelle, décorée selon ses goûts?... À force de vivre toutes ces journées dans la langue de Shakespeare, reconnaîtra-t-il encore celle de Molière? D'entendre si longtemps les airs langoureux ou galopants à la mode western ou country, aura-t-il oublié les mélodies des Vigneault, Desjardins et compagnie?... Après avoir reluqué si longtemps toutes ces feuilles d'érable rouges et toutes ces étoiles de l'Oncle Sam, saura-t-il encore reconnaître la fleur de lys de sa terre d'origine?... C'est ce que nous saurons dans quelques jours, à son retour en terre du Québec!... Pour tout savoir, restez branchés sur ce blogue de la camionneuse Sandra et son équipe!... :-)))

ursule a dit...

Jean,

Si Fuego souffre d'amnésie linguistique, en raison de ce long périple en des pays étrangers, je crois qu'il sera de notre devoir de lui donner un cours d'immersion française. Il faudra faire vite, car il n'est pas longtemps chez lui: il ne tient pas en place, ce Fuego !

André.

Mijo a dit...

J'aime beaucoup quand tu écris que Fuego se laisse mettre au petit trot vers le sud pour ne pas trop se faire remarquer par le froid !!