Tout un troupeau en plus! Ils n'aiment pas ça quand je m'esclaffe, je pense...

Bonjour les voyageurs!
Depuis quelque temps, je tiens pour moi cette nouvelle, j’attendais le bon moment pour vous l’annoncer.
J’aimerais vous présenter Laure et Jean-Pierre Armanet, deux charmants Français,
producteurs de films pour la télé. Ils ont leur propre boite de production : L’étiquette productions. Depuis près d’un an, nous correspondons pour monter un projet de documentaire. Il va bientôt se concrétiser. Dès que je serai guérie, je reprends la route avec eux et une petite équipe de tournage pour vous faire vivre la route jusqu’en Californie. J’ai hâte! Nous avons déjà fait connaissance quand ils sont venus en repérage au mois de février, et j’ai comme l’impression que cette relation deviendra une grande amitié.
Je n’ai jamais eu trop envie d’être la bête de cirque dans un documentaire. Mais Laure m’a convaincue parce qu’elle partira de mes textes, c’est ce qui me tient le plus à coeur. Il s’agit donc de mettre mes mots en image, autant que faire se peut. Ils veulent aussi que je lise mes textes en voix hors champ. Ça sera donc un film à partir de mon blogue! Je suis moi-même très impressionnée!
Et si vous me lisez depuis longtemps, vous connaissez mon amour pour transmettre et partager mes voyages, je vais aborder le film comme si j’étais guide, comme dans mon ancienne vie, mais Jean-Pierre ne veut pas que je vous regarde à travers la caméra.
Le documentaire s’appelle provisoirement : « Je vous écris de mon camion ». J’aime beaucoup ce titre.
Avez-vous des suggestions de musique pour le film?
Pas le coucher de soleil, car comme le dit Richard Desjardins :« On vend pas l'paradis terrestre
C’est au Bon Dieu c'qui en resteAs-tu d'besoin d'un cinq étoilesQuand t'en as cinq-milliards dans l'ciel »Mais je vends tout mon équipement Sirius "pour rouler sans rater une seconde de la radio", car depuis un certain temps, je me rends compte que je ne m'en sers plus autant, parce que j'écoute plus d’émissions baladodiffusées sans contrainte d’horaire et aussi pas mal de musique. La radio Sirius est vraiment un produit génial pour les camionneurs, car c'est l'unique solution pour écouter des émissions de radio en français (radio-canada) où que vous soyez en Amérique. Vous avez accessoirement 120 postes de musique et de talk radio en anglais, et quelques postes en français pour la musique. (consultez leur site, sirius.ca)
C’est le modèle « sportster » (il ressemble pas mal à celui là, ainsi que la boombox), qui garde en mémoire les 45 dernières minutes (donc, vous pouvez revenir en arrière pour réentendre une entrevue ou une chanson, c’est vraiment très pratique), avec la « boombox » (qui vous permet de transporter votre radio partout), la télécommande, ainsi que l'antenne (sur la photo) et l’adaptateur pour la route, munis de toute la quincaillerie pour les fixer sur tous les types de camion.
Le tout pour 160 $ (valeur à neuf de 390 $).
Si vous êtes intéressés, contactez-moi par courriel : sandra_doyon sur yahoo.caIl ne vous restera plus qu'à vous abonner, pour 15$ par mois ou moins.
P.-S. Mon genou est un vieillard qui marche en boitant, mais il est toujours vivant et veux vivre comme jamais. La douleur disparait peu à peu et je pourrai faire du vélo cette semaine, selon les recommandations de ma physiothérapeute, qui me manipule à merveille!
Yuma Arizona. Jeudi 5 mars 2009— « Croutche! ». La salade crie « croutche » quand je lui plante mon thermomètre dans le cœur. Pour les 55 prochaines heures, on prendra soin que vos icebergs ni ne gèlent, ni ne flétrissent. Vos laitues couleur de glacier seront maintenues entre 34 et 38 degrés. Je lis 37 degrés sur le thermomètre, c’est parfait, vous les aimerez et elles « croutcheront » bien sous vos dents, mais si j’étais vous, j’enlèverais les premières feuilles : c’est un voyage en vrac et elles ne sont pas protégées individuellement sauf dans une méga boite de carton.
— « Croutche! » a hurlé mon genou, quand j’ai atterri les deux pieds sur le sol, en descendant de la remorque. Le gauche a flanché. Tout ça pour des icebergs! Moi qui n’en achète jamais. Ça n’a pas fait mal tout de suite, mais quand j’ai essayé de marcher, je me suis effondrée et j’ai pleuré. J’avais 53 pieds à marcher jusqu’à la cabine et j’étais incapable, trop douloureux. Un chauffeur a beuglé et frappé sur le camion pour réveiller Richard en catastrophe. Quand mon coéquipier de vie a repris ses esprits, il a bien évalué le niveau d’urgence en me questionnant: ma douleur irradiait, mais je savais que je n’en mourrais pas car je ne suis pas un homme! ;c) Comme il n’y avait pas de place de stationnement au truckstop de Yuma et qu’on ne pouvait le mettre nulle part, ce gros camion, Richard a tenté le coup pour l’hôpital. Muni de son super GPS, il a repéré l’hôpital le plus près. (C’est promis je ne le ridiculiserai plus jamais ton GPS, Richard. Je répète en boucle : « -ce n’est pas un gadget, ce n’est pas un gadget, ce n’est pas un gadget ») et il a transformé le semi-remorque en ambulance, rien de moins. 10 minutes plus tard, sur le boulevard en face de l’urgence, mon chauffeur d’ambulance est descendu pour chercher un fauteuil roulant, mais il est vite revenu avec une camionnette de sécurité qui nous a escortés directement à l’entrée : encore mieux que dans un hôtel de 5 étoiles! Ah! Ces Américains, ils « think big » pas à peu près! La rampe d’urgence a la capacité d’accueillir les semi-remorques chargé de 20 tonnes de laitue!
On m’attendait déjà avec un fauteuil et l’on m’a fait rouler les quelques mètres qu’il restait jusqu’au triage. Il n’y a pas même pas de salle d’attente à l’urgence, tout est trop vite! Cruchtes. C’est ce que le médecin de l’urgence de Yuma m’a prescrit. Je ne savais pas ce que c’était. Je l’ai appris sur le champ, quand l’infirmière m’a apporté des béquilles et une attèle pour le genou qui faisait « croutche croutche » quand on m’installait les velcros.
************Depuis plus d’une semaine déjà, je suis en arrêt de travail pour une durée indéterminée. Ça me donne l’occasion de faire plein de trucs qui trainaient dans mon ordinateur, comme de retravailler sur de vieux textes. Je marche péniblement, mais ça va. Je vous tiens au courant et j’attends le printemps comme vous, mais en boitant un peu.
Route I-70 Est, entrée dans l’Illinois. Le mardi 3 mars 2009.
Depuis 2 h 45 cette nuit, je suis installée aux commandes du camion. Richard est tombé dans la couchette pour dormir sa nuit pendant une partie de la journée. J’ai bien dû parcourir 500 kilomètres quand le soleil commence à m’assommer par le rétroviseur. Ce matin, il représente mon pire ennemi, il est trop fort et je n’ai qu’une envie : fermer les yeux pour ne plus le voir. Je lutte contre la fatigue, c’est difficile, j’ai des nanosecondes d’égarement, j’ouvre les fenêtres pour me réveiller et au même moment, je lis sur un panonceau qu’une aire de repos se trouve dans deux miles, coup de chance! Sortir au grand air à -12 degrés Celsius me fouettera un peu, parce qu’avec ce voyage, nous n’avons pas le temps de dormir : en moins de 55 heures on doit parcourir Montréal-Los Angeles, c’est le contrat et nous l’avons accepté.
À l’intérieur du bâtiment, se tient un homme bien portant et très soigné, mais c’est surtout son gobelet de café que j’ai remarqué, il se découpait trop bien sur sa chemise rouge. En revenant des toilettes, il était toujours là, debout, à boire son café. Je me suis dirigée vers la machine, j’ai regardé tout ce qu’elle pouvait offrir : espresso shot; dark roast coffee; chocolat; mokaccino; on peut même lui commander une triple dose. Comme si, en lisant les options et le mot « café » plusieurs fois de suite, mon corps absorbait assez de caféine pour vaincre le sommeil. Il en coutait seulement 50 cennes pour un petit café et je l’avais déjà choisi : un « dark roast » triple dose avec une part de lait. Mais peine perdue, je n’avais pas un rond, ni sur moi, ni dans le camion.
— A good hot coffee! Que j’ai entendu à côté de moi! C’était l’homme au gobelet qui buvait sa gorgée.
— Oh! Oui! Mais la machine ne prend pas les cartes de crédit!Alors, il a mis les mains dans ses poches et m’a filé les 50 sous. Je n’avais pas la force de refuser.
— Oh! Merci! Merci beaucoup! Vous allez me sauver la vie! Lui dis-je, en élevant ses deux pièces de 25 cennes. Il avait dû voir à ma blancheur l’état de fatigue dans lequel je me trouvais. Je me suis promis intérieurement qu’un jour, je le rendrai au suivant.
J’ai sélectionné mon café, le gobelet est tombé et pendant qu’il coulait, il s’est approché pour me tendre sa boite de biscuits alignés en rang dans leur emballage de plastique.
— Take few.
J’en prends un.
— no, take two more! Insiste-t-il comme si j’allais mourir de faim.J’en prends deux autres que je glisse dans ma poche de kangourou en me ridant les yeux et les commissures des lèvres d’une expression souriante pour le remercier.
Avec son café et ses biscuits, il s’en est retourné vers son camion. « Aaron » que c’était écrit sur sa portière et sa remorque.J’étais stationnée juste à côté. J’ai repris la route avant lui tandis qu’il s’affairait à ses papiers. J’ai attendu qu’il lève la tête pendant que je passais devant son camion avant de mordre à pleines dents dans un de ses biscuits. Il a souri. Vanille, beurre et une pointe de citron ont envahi mon palais. Son café m’a tenue éveillée pour l’heure qu’il me restait avant de m’arrêter ravitailler le camion.
La journée peut commencer, encore une fois j’ai la preuve que l’humain sait être bienveillant. C’est ça qui rend heureux : mettre le doigt sur le brin d’humanité des Êtres qui nous entourent.
-Cette nuit, le petit garçon est venu fendre la lune avec sa hache.
C’est ce que me racontait mon père, menteur comme je l’aime, quand on observait la lune coupée en quartier sur la grande galerie les soirs d’été. Il n’était pas un de ces menteurs couverts de honte parce que leur nez allonge, non, il était de cette catégorie de menteurs qui envoient des éclairs de magie par leurs yeux qui se mettent à pétiller comme ceux des enfants impressionnés.
Aujourd’hui, je sais bien que mon père nous menait en bateau mes frères, ma soeur et moi: à observer la ligne si fine du croissant de lune, je sais qu’elle n’a jamais pu être dégrossie à la hache! Ah! Ça non! Moi je sais. Le petit garçon n’a jamais eu de hache! Pour que la coupe de la lune soit si bien définie, il a toujours travaillé avec une scie sauteuse. C’est plus précis.
Maintenant, il faut que j’essaye de faire avaler ça à mon père, qui m’a transmis ses éclairs de magie dans les yeux, mais ses éclairs à lui sont encore plus puissants que les miens. Il viendra bientôt me voir avec maman, j’ai hâte, on va se faire un petit combat de *menteries!*menterie = mensonge pieux sans gravité en “québécois”.
Carolyn est la fille la plus sucrée que je n’aie jamais rencontrée. Elle sert le café dans un Starbuck de la Virginie le long de la I-95. C’est à la sortie 33 si jamais vous passez par là.
Elle a la peau lisse comme une ganache au chocolat et elle souligne ses lèvres avec du rouge framboise qui brille comme la confiture. Chocolat à la framboise, mon préféré. Avec ses cafés, elle sème la joie en soupoudrant du sucre. Savamment, elle place, comme elle seule sait le faire, un « sugar», un « honey» ou un « sweetie» et même un « kitty» à toutes les phrases. Elle sucre tous ses clients, les hommes comme les femmes, les vieux comme les enfants. Les sourires s’accrochent aux visages les plus réticents, même ses collègues de travail lui laissent la place en souriant. Comment ne pas être tentée par toutes les gâteries qu’offre son comptoir? Carolyn étend ses mots comme de la tartinade de chocolat aux noisettes, alors je me donne comme un bon pain! C’est réconfortant et je prends tout les yeux fermés en respirant un grand coup pour humer ses paroles sucrées. Le café n’aura jamais été aussi savoureux!
Lorenzo a le teint du miel ambré et le corps trapu d’un olivier. Au premier croisement de regards, ses yeux m’intimident tellement la couleur verte comme les olives d’Espagne est rare pour un Hispano-américain. Nous sommes curieux, lui, de me voir reculer un camion plus gros que le sien, et moi, de savoir d’où il vient avec son vieux rafiot que l’on décharge de petits fruits pendant qu’on me charge les miens.Je m’adresse à lui en anglais pour la forme, mais je lis la détresse dans ses yeux. Il ne comprend rien de rien. Alors, je lui sors mon espagnol imparfait. La magie opère et soudainement ses olives se mettent à briller! Les barrières tombent, la glace craque. Il s’emballe et me parle comme si j’étais une Cubaine pure laine. Son langage me rappelle celui des Andalous, comme eux, il avale quelques syllabes en parlant, mais il est aussi Cubain que les meilleurs cigares!
À cette personne qui m’a un jour demandée : — à quoi ça va te servir l’Espagnol? T’en as pas besoin au Québec pour travailler! Comment expliquer l’impalpable à quelqu’un de replié sur lui-même et qui porte et portera des oeillères toute sa vie? Aujourd’hui, j’aurais aimé lui faire voir combien l’Espagnol a apaisé la détresse des yeux de Lorenzo instantanément; j’aurai aimé lui montrer ses olives se mettre à briller; j’aurais aimé qu’elle entende la joie de cet immigrant de pouvoir parler à quelqu’un d’inabordable à cause d’une barrière langagière.
La langue est une clé qui ouvre les portes sur un monde inaccessible à ceux qui ne la possèdent pas. Avec l’Espagnol, c’est tout un pan de culture qui s’offre à moi, ne me reste qu’à le saisir.
Depuis son arrivée à Miami, il y a quatre ans, Lorenzo n’a pas eu l’occasion de se familiariser avec les rudiments de l’Anglais, car ici, il peut vivre uniquement en espagnol. Pas le temps d’aller à l’école pour apprendre la langue de son nouveau pays, quatre bouches comptent sur lui, sa femme et ses trois petits qui sont venus avec lui. Ses héritiers parlent maintenant « l’américain » qu’il me dit avec une fierté palpable. Sa fille, la première des quatre, a déjà de 19 ans et elle est retournée à Cuba.
— Mais t’as l’air si jeune pour avoir quatre enfants, dont une de 19 ans! Que edad tienes?
— Tengo 34!
Il a le même âge que moi, et il pourrait être grand-père! Deux chauffeurs de camion, deux existences si différentes. Tout nous sépare, mais le métier nous réunit. Je me surprends à réfléchir à tous ceux qui roulent près de moi sur la route, combien de millions de vies uniques?
— Je croyais que c’était difficile d’immigrer aux États-Unis, surtout de Cuba!
—Es muy difficile, pero gane a la loteria!
— Quoi? T’as gagné ta citoyenneté à la loterie?
— Pues si, cada ano, 20 000 Cubanos son eligibles a fuir la pobresidad.
— Alors, tu fais partie des 20 000 chanceux qui chaque année peuvent émigrer vers « la terre des opportunités » et fuir la pauvreté! Incroyable, je ne savais pas que ça se faisait par tirage au sort. Une vie qui dépend de la loterie. Et comment va Fidel?
— Castro es loco, deja su pueblo morir de ambre, hay tan pobresidad, jamas podrias imaginarte.
— C’est bien ce que je craignais, Castro est fou, il laisse son peuple mourir de faim pendant qu’il se meurt.
Je n’aurai pas le temps d’en connaitre plus sur lui.
Richard lui lance sa phrase classique qui le dépanne à tout coup dans un pays hispanophone :
— Una cerveza por favor
Nous éclatons de rire tous les trois! Si seulement nous avions eu le temps d’en prendre une fraiche avec un lime, sous le soleil de la Floride.
On vient dire à Lorenzo que sa remorque est vide.
— Que tengan suerte! Qu’il nous lance. — Toi aussi Lorenzo, bonnes chances!
Très vite, il est reparti poursuivre son chemin et nous, nous avons entamé le retour vers le Canada avec nos baies. Tant de choses nous aurions eu à nous raconter!
Adios Lorenzo! Adios!
Spécialement pour les camionneurs, pour la St-Valentin avec un jour de retard, (c'est fréquent chez les camionneurs de rater les occasions de fêter) mais aussi, pour vous tous qui passez ici pour voyager un brin.
Écoutez la chanson de Pierrot, le vagabond céleste. Un homme tellement inspirant! Un rêveur comme il ne s'en fait plus. Détonne tellement avec les "star académiciens" de ce monde! Il a tout vendu et est devenu vagabond pour écrire des chansons.
La chanson du camionneur est vraiment très émouvante. Il était en entrevue à Radio-Canada de Sept-Iles, il y a déjà quelques mois, je l'avais capté sur Sirius et en balado-diffusion. Si vous écoutez toute l'entrevue, vous aurez droit aussi à In-the-Wall. Toutes ses chansons sont de petites histoires, des poèmes, des fragments du présent, simple et tellement beau dans ses yeux, c'est un interprète qui incarne ses textes, ça s'entend.
(photo prise sur le blogue d'Empreinte de Claude Demers)
Il est suivi par son ami Claude Demers qui témoigne des périples son copain Pierrot le Vagabond. Vous me direz ce que vous en pensez. Est-ce qu'il me touche parce qu'il parle des camionneurs?
ajout: pour toutes les chansons de Pierrot à venir, c'est ici.
Vendredi le 13 février, Miami, Floride.
Déjà onze jours qu’on a arraché les bleuets de leur arbrisseau dans un champ chilien. Depuis, ils ont vogué sur le Pacifique en longeant la côte sud-américaine, traversé le canal de Panama et puis la mer des Caraïbes en tanguant tout paquetés dans leurs barquettes de plastique transparent. Mais du voyage, ils n’ont rien vu, non, car ils dormaient profondément. Près de leur bleuetière natale, dès que les portes de l’étanche conteneur se sont refermées sur eux, vite on les a endormis avec un gaz qui leur a fait croire qu’il n’avait pas quitté leur branche. Point de murissement avant d’avoir touché terre. Aucun effluve de bleuets sucrés ne se dégagera du bateau chilien.
Dans un autre coin du continent, au Mexique, poussaient des mures au soleil de février. Leur histoire est presque la même, mis à part qu’elles sont parties en voyage à bord d’un camion sans jamais voir la mer. Par la route, elles ont contourné le golfe du Mexique, en traversant tout le Texas, la Louisiane, le Mississippi, la Géorgie, pour redescendre jusqu’en Floride. Un périple de cinq jours à dormir au gaz.
C’est dans un entrepôt de Miami, où l’on porte des vêtements contre le froid même quand il fait 25 degrés que les tout petits fruits ont commencé à s’éveiller. Les dodus bleuets ont rencontré les non moins fraiches et pimpantes mures, même après plusieurs jours d’existence. Dans ma remorque ils se sont collés, palette contre palette et à mesure que leur gaz de dormance s’évapore, ils exhalent leur parfum fruité. Quand je vérifie leur température, qui doit être maintenue à 36 degrés Fahrenheit, je prends une bonne bouffée d’air sucré aux bleuets. Les mures quant à elles, se laissent toujours désirer, c’est dans leur nature. Nous parcourrons 1600 miles avant de les mener à destination, sans compter les 350 que nous avons faits à vide.
Si vous voulez les voir, ils seront chez Costco de St-Bruno dès lundi matin, encore frais pour la semaine, même après 14 jours de voyage. Quand vous en ferez éclater un sous vos dents et que le jus se répandra sur vos papilles, fermez les yeux, vous ferez un long voyage.
Où vont les saisons? Elles roulent à bord de camions. Je transporte un bout de l’été chilien vers l’hiver canadien. Tous ces kilomètres pour pouvoir manger des bleuets frais en février me laissent un petit gout amer. Les mois d’hiver me semblent plus sombres malgré toute la couleur de ces généreuses baies, comme s’il n’y avait pas qu’elles qui étaient endormies au gaz.
Cécile prend des oranges, Véronique les deux et moi je me garde le gars devant.
Je ne sais pas si c'est cher payé à 8$us pour les pamplemousses et à 10$ pour les oranges, Max le fruitier nous a fait goûter et tout était hyper sucré.
Nous attendons un retour, mais nous ne savons pas quoi encore. Nous sommes à SanAugustine en Floride.
Il remontait, je vous jure! ;c)