06 décembre 2008

Les petits rennes aux sabots rouges

Que le Père Noël se rassure, aucun de ces 3 caribous n’était son petit renne au nez rouge! Alors, tout le monde aura ses cadeaux et en plus, certaines familles de l’Abitibi mangeront du caribou pour Noël.

En revenant de Vancouver il y a une semaine, j’ai décidé de casser la routine en passant par l’Abitibi juste pour voir. Je venais de passer Val-D'Or quand j’ai vu ce pickup avec la boite remplie de caribous.

Ça m’a plongée tout droit dans mon enfance, quand mon père revenait fier comme un buck avec un orignal. Je me rappelle d'une photo: il nous avait fait assoir tous les quatre, mes frères, ma soeur et moi sur le capot du « char » gris (et rouille) en flattant la pauvre tête de l’orignal attachée au « hood » comme le veut la tradition culturelle du Québec (et peut-être du nord du Canada ). J’éprouvais un mélange de joie, de tristesse, d’écoeurement, de malaise et de fierté. Ouais, je sais, c’est bizarre comme mélange d’émotions, mais j’étais contente, parce que mon père était le seul chasseur, parmi les pères de mes amis, à rapporter une bête que nous mangerions pendant l’année, ce qui faisait de lui le « pluss meilleur père du monde ». Mais en même temps, voir la bête morte me rendait triste et j’avais un malaise avec les bêtes exposées comme des trophées sur les capots. J’étais mal pour l’animal, mais aussi je comprenais qu’on les tuait pour les manger. Après tout, à 6 ans, j’avais déjà survécu à l’abattage et au « saignage» du boeuf, que mon père et Fernand le fermier avaient trainé par les naseaux hors de l’étable pour ne pas effrayer les autres. Je vous épargne la souffrance de la bête qui nous avait tiré les larmes à ma soeur et à moi. Mon père avait eu la « délicatesse » de nous faire monter dans une remorque pour qu’on ne se salisse pas les bottes et les pantalons dans le sang. Un traumatisme qui me rappelle tous les jours que la viande, ben ça pousse pas dans le styromousse “géribouère”!


Peut-être donc, ces défilés de bêtes mortes sont-ils un genre d’hommage à l'animal? Ou encore une façon de nous forcer à nous rappeler d’où vient la viande. Toujours est-il qu’aujourd’hui, même si je n’aime pas trop voir les bêtes affalées sur les pickups, je respecte cette tradition. Elle fait partie de la culture populaire en région. Mais j’aimerais bien voir des chasseurs se pavaner avec une tête de buck sur l’avenue Mont-Royal comme si c’était la 3e à Val d’or!

Et vous, quelle serait votre réaction?


Voici la fin de la toune « buck » de Desjardins, où les cervidés veulent leur revanche sur les chasseurs. « Nous pauvres cervidés, quand on aura des chars, on f’ra des défilés, sur la 3e à Val d’or, on posera sur nos capots, des têtes coupées de chasseurs, pis on laissera leurs sabots, chesser dans le congélateur »

Note à moi-même et à vous tous (postitez vous-la): Voir le film Panache, sur la chasse réalisé par André-Line Beauparlant.

7 commentaires:

Le Train De La Nuit a dit...

Y'a pas une raison pratico-pratique à la fameuse tête su'l hood du pick-up? (Tiens, le saguenéen me ressort par les oreilles!)

Genre: on va à la chasse au fin fond des bois. Chanceux c't'année, on tue la bête. On la dépece (dépèce?) sur place, parce qu'une fois beurré de sang, autant finir la job. Et pour fin d'identification de la bête à la barrière (par che nous, la chasse se fait presque toujours sur une ZEC), on attache la tête su'l hood dudit pick-up. Ça permet en même temps de constater si c'est un mâle ou une femelle.

Et, une fois revenu en ville, on oublie astucieusement de la ramasser, comme motif de pétage de bretelle et de fierté... genre: gnan gnan, moé j'ai tué c't'année! :P

C'est ma théorie à deux cennes. Il faudra que je demande à mon Omer de chasseur... qui n'a pas été chanceux c't'année (aux dernières nouvelles)...

alain a dit...

Voilà que l'Abitibi et Val-d'Or évéillent en moi des lectures que j'ai adorées.As tu lu la série des 5 volumes sur "Le Royaume du nord" de Bernard Clavel?:Haricana,l'Or de la terre,Miséréré,Amarok,L'angélus du soir.Formidable saga évoquant ton beau et rude pays et sa colonisation.

camionneuse a dit...

TDLN, je crois que tu as mis le doigt sur les débuts de la tradition! Je mets ça dans me pipe pour le futur! Il faut dire aussi, que la tête, buck ou femelle, ça rentre mal dans le coffre d'une voiture et que ça salit... Autant le capot alors!

Alain, je mets tes suggestions pour mes prochaines lectures. C'est une bonne idée. Bien que je crois avoir lu Harricana, mais il y a longtemps.

gaétan a dit...

Avec l'alternance 1 année un buck, 1 année une femelle y a des années où on en voit moins. Une tête de femelle su'l hood c'est moins impressionnant qu'un 16 pointes. En tout cas par chenous.

Rachel a dit...

Ah misère, j'ai beaucoup de difficulté avec ce genre de tableau de chasse. En fait, à chaque fois que je vois quelque chose du genre ça me donne le goût de devenir végétarienne!
Malheureusement j'aime trop 'mon' hamburger pour changer d'habitude alimentaire. J'ai déjà vu un pickup avec un trophée animal sur le toit à Montréal et vraiment je n'ai pas été impressionnée. Est-ce que c'est un 'trip de mâle' ce genre de parade? Messieurs, qu'en pensez-vous? Est-ce que quelqu'un connaît une 'chasseuse'?

alain a dit...

pour tout te dire,Bernard Clavel est un ami intime,alors ton pays ça fait des années et des années que nous l'évoquons ensemble et te suivre grâce à ton magnifique blog me rapproche de mon ami.

camionneuse a dit...

Rachel, tu es comme moi alors... Mi-figue mi-raisin, mais impossibl de me passer de viande.

Alain, c'est gentil, contente de te savoir à bord aussi! J'espère que tu le verras bientôt ton ami! Comme ça tu pourrais voir la neige qui tombe comme moi en ce moment, qui regarde tomber les flocons depuis ma fenêtre à Montréal.