23 février 2007

Publication sans titre, j'attends vos suggestions...


Chicago croule sous le smog d’hiver. À peine si je vois le sommet de la Sears Tower, le centre-ville a l’air bien petit avec tous les immeubles disparus dans la brume. Le long de l’autoroute, les raffineries toussent en cœurs et empestent l’air de leurs émanations. Parfum de déjà vu. Gelée de pétrole fondue. Ce soir, l’air est si dense que Fuego lui-même en suffoque dans ses vapeurs. Fumée ou brouillard? Je sais bien que c’est du smog. Mais il y a des jours où j’aimerais être projetée 50 ans plus tôt à l’époque où l’on était bercés d’illusions romantiques, avec en fond sonore « somewhere over the rainbow ».

Alors là, dans cette dense fumée, j’aurais peut-être imaginé :

Le charme triste d’un jour de brouillard,
Ses rues brillant sous les phares,
Décor parfait pour saisir sur pellicule en blanc et noir,
Sous l’écrin d’un parapluie d’insouciance,
Une belle fille sur la pointe des pieds,
S’étirant le cou pour se laisser embrasser,
Par un beau brumeux au chapeau Bogart.

Dans ce temps-là, on ignorait l’existence de la pollution et on était bercés d’illusions, pleins d’espoir pour l’avenir et le progrès.

C’est peut-être pour nous donner de l’espoir que le très avant-gardiste Rufus Wainright réinterprète « somewhere over the rainbow ».

Voilà. Eurêka. Suis-je trop lucide pour être heureuse? Le bonheur est-il dans l’ignorance crasse? Savoir n’apporte pas le bonheur, mais il peut semer l’espoir. C’est ce que j’ai compris de Boris Cyrulnik.

Chaque époque apporte son lot de misères. La nôtre n’est pas la famine ni la guerre, mais les gaz à effets de serre et la pollution dans l’air. Pourtant, ce savoir-là me rend triste et impuissante parce que je suis née dépourvue d’écran de fumée cynique pour me protéger.

Ah! Que j’aurais aimé, moi aussi, vivre sur ses clichés gris, protégée par un parapluie d’ignorance et d’insouciance! Mais la vie de mon époque est teintée de gris, un gris est parfois très dense.

Brigite Bardot a tout résumé en quelques mots alors que j’ai entendu sa voix cassée à la radio au volant de Fuego. À son insu — et peut-être si elle avait su, à son désarroi —, c’est elle qui m’a fait comprendre. Je la paraphrase de mémoire :

« Il n’y a plus de liberté aujourd’hui. Dans ma jeunesse on pouvait fumer partout, on ne manquait pas d’endroit pour garer sa voiture à Paris, on pouvait avoir du sexe sans se soucier des maladies, le pétrole était pas cher et on conduisait de belles grosses voitures cylindrées, on circulait partout librement et sans encombrement. C’était la belle époque, cette époque est révolue. »

Vivre à l’époque où les calamités n’étaient pas encore nommées, à l’époque de l’ignorance, l’époque de l’insouciance, tout prendre et ne rien laisser en invoquant la liberté et les droits individuels, les gens de l’âge « de la Bardot » peuvent bien être nostalgique de leur époque. Voilà que je suis née à celle où il faut ramasser les pots cassés de ceux qui nous ont précédés. Les libertés collectives sont désormais compromises par les trop grandes libertés individuelles. Je voudrais renommer la Charte des droits et libertés pour la Charte des droits et libertés collectifs et j’y inclurais l’air respirable et l’eau potable.

On se fait taxer de ne pas lucides alors que nous le sommes plus que les babyboumeurs ignorant ce que leurs actions feraient pendre au bout du nez de leurs descendants. Être lucide, c’est aussi voir le pire dans les villes plus développées que la nôtre et dire : stop! Là n’est pas mon modèle. Je veux cesser de ronger la Terre de son vivant.

J’ai pensé aller conduire dans d’autres continents et parcourir d’autres villes pour voir d’autres modèles que l’Amérique. Les pays en émergence ne tendent qu’à vouloir devenir ce que nous sommes sans penser aux conséquences. Alors, j’irais dans un pays que l’on cite souvent en exemple dans les domaines de l’architecture, du design, de la qualité de vie, du développement durable : la Suède. Dites? Ils embauchent des camionneurs en Suède? Je suis prête à me convertir au train ou au tramway s’il le faut. Pourquoi pas chauffeur de bus pour parcourir la ville de long en large?

Puisqu’il est temps d’élections, je vote pour le premier qui, comme en Suède, donne un gros crédit d’impôt à tous ces concitoyens qui veulent faire un voyage linguistique de 16 semaines. Puisqu’on vit à l’époque où l’on nous dicte d’être lucides, nous le serions encore plus. J’irais faire un voyage en Scandinavie pendant quatre mois pour apprendre comment vivent les vrais Nordiques qui ne risquent pas encore de se faire happer par la vitesse folle d’un voisin inconscient. J’irais vérifier si mes illusions correspondent à l’image que je m’en fais.

Je voterai aussi pour le plus lucide des partis, celui qui croit que tout commence par cesser de gruger la Terre avant de manger des pissenlits par la racine.

12 commentaires:

Renée a dit...

Bonjour Camionneuse,

Je te lis souvent mais cette fois-ci je trouve que tu rejoins beaucoup les préoccupations que j'ai moi aussi donc j'ai décidé de t'écrire. J'ai souvent l'impression que les babyboomers, même si ils commencent à être sensibilisés, ne se sentent pas concernés par l'environnement. Ce que j'ai déjà entendu comme réponse : anyway quand ça va arriver je vais être mort. Décourageant n'est-ce pas??? En attendant continue de nous écrire tes péripéties c'est très rafraichissant.

Freedom Trucking a dit...

on est née trop tard camionneuse,ou trop tot... on est malheureusement pris avec leur facture et en plus on doit rammasser leur party ...on est les concierge entre 2 générations.

ursule a dit...

Sandra,

C'est assez facile de tout rejeter sur la faute des « baby-boomers », expression péjorative, s'il en est une !
Personnellement, je trouve que la génération « Passe-Partout » passe vite vite, quand vient le temps de dire ce que les « Cannelle et Pruneau » de ce monde font pour corriger cette situation. C'est vrai que, même pour Perlin et Perline, il est plus facile d'accuser que de se regarder dans le miroir. Car, dans le dossier de l'Environnement et leur façon de l'aborder, pour ne pas dire de le saborder, n’est-il pas plus simple, expéditif et efficace, à tous les points de vue, de pendouiller Grand-mère, Grand-papa Bi et tous les « de moins en moins utiles » de leur âge ? Ils sont si méchants...

C'est à quand, les Poussinots et les Poussinettes prenant le transport en commun ? Quand occuperont-ils des postes d'influence leur permettant d’avoir l’autorité nécessaire pour changer les choses ? À quand, leur politisation non pas en lisant, ici et là, un grand titre d’un « Journal de Montréal » ou d’ailleurs…ou en regardant les annonces payées à TQS, mais en participant réellement à la vie active de la communauté où ils vivent ? Car, ils sont présentement, eh oui...les plus grands utilisateurs et profiteurs de tout ce qui pollue aujourd’hui ? À quand une Poussinette ou un Poussinot prenant un verre d'eau dans un abreuvoir plutôt que dans une cannette de plastique, dont les effets négatifs sur l'Environnement sont incalculables, tellement ils sont dévastateurs ? Quand Cannelle et Pruno cesseront-ils de se réchauffer les féfesses, en se faisant de petits feux-feux-feux de foyer au bois qui, en une soirée, polluent autant que l'équivalent d'une voiture moyenne roulant 20 000 Kms dans un année ?

Accuser, c'est facile. Accuser, c'est aussi fragile ! Mais, Poussinots et Poussinettes, Perlin et Perline, Fardoche, Grand-papa Bi et Grand-mère, nous sommes tous collectivement et quotidiennement coupables. Car, quand on parle de société, on parle bien encore de collectivité et non pas de couches d’âge ? Alors, ne vaudrait-il pas mieux de taire enfin ces accusations aussi futiles que puériles et de s'unir en tant que co-accusés, solidairement responsables, pour essayer enfin de faire amende honorable, de manière à permettre à ceux qui nous suivront de respirer normalement ?

Moi, je ne sais pas...d'où ces questions, d'ailleurs... Je compte donc sur la sagesse et les connaissances légendaires des « petits-enfants des baby-boomers » pour trouver de véritables solutions et, surtout, LES METTRE EN PRATIQUE ILLICO !

Sandra, pour ton titre de ce billet, je propose :

« Nous aussi, rêvons...mais d'un monde meilleur, sans guerre ni pollution » !
Car, la guerre aussi, ça pollue ! Mais, pas à moitié. Je n'entends pas souvent les Poussinots et les Poussinettes prendre position sur ce type de « pollution »...hélas !

André.

camionneuse a dit...

André,

Nous sommes tous corrompus parce que chacun tient à son petit confort acheté au magasin à 1 $ ou chez Future Scrap. Nous continuons tous de faire ce qui a été lancé il y a bien longtemps. Seulement, ceux qui naissent aujourd’hui, ne peuvent ignorer le tort que nous avons fait et que nous faisons parce que les calamités sont nommées et sues par tous. C’est ça que je voulais dire : vous êtes nés avec l’espoir qu’apportait le progrès. Tu sauras me dire si tu peux nier que l’avenir était plus rose dans ta jeunesse parce que les torts causés à la planète n’étaient pas une préoccupation, vous en aviez d'autres.

Je ne peux être qu’indignée par la guerre. Mais sur la route, ce n’est pas ce que je vois par les fenêtres de Fuego. Ce que je vois, c’est surtout la pollution, aussi celle que je provoque en roulant. Si je conduisais en Irak, là, je vous parlerais de guerre, mais dans l’Amérique, bien qu’elle soit très impliquée, ce n’est pas ça que je vois par la fenêtre de Fuego. De toute façon, chacun doit donner le meilleur de lui-même pour la cause qui le fait le plus vibrer. Celle de laquelle je me sens le plus près, c’est l’environnement. La guerre je la sens trop loin, je laisse ça à d’autres comme toi.

C'est difficile d'entrer dans une époque où il faut régresser au lieu de progresser, où il faut avoir connu le méga confort pour ne vivre que de la simplicité. Nos arrières grands Parent ont pratiqué la simplicité involontaire, alors que nous, nous devons la pratiquer volontairement, il faut être tout un être moral pour faire ces sacrifices, alors que nous n’avons plus de repères religieux pour nous dire comment agir. Nous entrons dans une époque ou il faudra pour la première fois décroitre alors que notre système est basé sur la croissance. Ça nous fait peur.

Je n’accuse pas ceux qui ne savaient pas, seulement vous êtes chanceux d'avoir toujours cru que tout irait mieux à l'avenir alors que nous, nous prenons conscience jour après jour que nous sommes rendus au bout de l'élastique.


Sandra

Rominet a dit...

Ouin ça brasse,
Si tu veux te consoler un peu Sandra imagines un peu dans quoi tu serais assis pour travailler il y a juste 25 ans aucun point de comparaison possible disons (...)

Au plaisir,

Choubine a dit...

Pour information, Brigitte Bardot ne fait pas partie de la génération du baby-boom : elle est née en 1934. Sa nostalgie n'est pas la mienne; je n'ai jamais vu ce qu'il pouvait y avoir de si merveilleux dans la liberté de fumer n'importe où ni dans la possibilité de coucher à droite et à gauche, par exemple. (J'ai toujours revendiqué, par contre, le droit de lire, de soigner mon langage, d'écouter de la musique classique, de chanter dans la rue et de me promener seule le soir. À chacun son espace de liberté.)

La génération Passe-Partout n'a pas le monopole de la lucidité. Et les générations qui l'ont précédée n'ont pas celui de l'inconscience, de l'ignorance et de la bêtise.

Tu écris, dans ta réponse à André : «...vous êtes chanceux d'avoir toujours cru que tout irait mieux à l'avenir...» Mais qu'est-ce que tu en sais, de ce que les baby-boomers ont «toujours» cru? Et depuis quand les gens d'une même génération penseraient-ils tous la même chose? Et en quoi l'insouciance aurait-elle été une chance?

Et qu'est-ce qui aurait justifié cet optimisme collectif que tu nous prêtes, devant la menace, à une époque bien réelle, d'une guerre nucléaire? devant la montée des dictatures soutenues par les États-Unis? devant les grandes famines? et, plus près de nous, devant l'idéalisation du joual? devant l'échec du référendum de 1980?

Que j'ai horreur des étiquettes...

Lorsque j'étais adolescente, je croyais que ma génération allait faire tellement mieux que les précédentes. Ha. Le temps passe vite. Et la force d'inertie est si grande. Et il faudrait agir sur tant de fronts à la fois.

Je suis d'accord avec André : au lieu de distribuer les torts, il faut chercher ensemble des solutions. La guéguerre des générations, y en a marre.

camionneuse a dit...

@ Renée,
merci de m’écrire ton commentaire pour la première fois, c’est toujours apprécié. Mais le cynisme n’est pas l’apanage des babyboumeurs. J’en connais des jeunes et des moins jeunes et je suis incapable de les fréquenter, ils me frustrent trop.

@Freedom Trucking,
dire que je me sens uniquement comme le concierge serait faux. Je me sens aussi comme celle qui fait partie du problème et qui cause encore des dommages. Seulement, je suis consciente qu’il faudra que je ramasse ce que je jette parce que ça aura des conséquences.


@Choubine,
Lectrice à l’œil vif! Là n'était pas mon intention de créer de telles frustrations. Seulement de dire qu'il m'est désormais impossible de ne pas me sentir coupable de consommer comme on le faisait avant. Y'a que les cyniques que je ne supporte pas. Loin de moi l'idée de créer un fossé entre générations.

Bien qu'elle soit plus âgée que les babyboumeurs, c’est Bardot qui m’a fait allumer dans ses plaintes contre les libertés perdues, sans se rendre compte de l'hérésie de ses propos.

Les préoccupations d'aujourd'hui ne sont pas celles d'hier et ne sont probablement pas celles de demain. Je suis loin d'ignorer les moments historiques des 50 dernières années, je voulais plutôt faire état du sentiment de mon époque versus celle de mes parents qui ont toujours progressé malgré tout, ils ont toujours eu mieux (ou l’illusion d’avoir mieux) que les leurs. Maintenant, peut-être que je me trompe, mais j'ai l'impression que mes semblables bûchent pas mal plus pour avoir le confort de leurs parents et que peut-être ils ne l’atteindront jamais. C’était plutôt dans ce sens-là. Mais est-ce vraiment l’idéal que celui de nos parents? Il faut trouver le nôtre.

Tangerine du Québec a dit...

Ton post me touche beaucoup, car il y a 25 ans nous nous sommes installé à la campagne avec terre agricole de 75 arpents. Forêt, chevaux , boisé, le rêve. Et voilà que depuis 3 ans, nous sommes voisins d'un dépotoir à déchets où les camions attendent en ligne pour verser leur contenu, d'une usine d'épuration des égouts de la municipalité voisine et d'un dépotoir à neige qui travaille jour et nuit tout l'hiver. Alors tu vois , quand je prend ma marche quotidienne dans le bois et je respire les gaz de l'usine à déchets et que l'eau de mon puit a une drôle de couleur... je vois les conséquences de notre insouciance...

Dianerythmes a dit...

Allo a toi... C'est tellement vrai ce que tu dis concernant le petit confort de chacun qui prime avant tout!.. Mais je suis de ceux qui croies que tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir et que si chacun fait un changement si petit soit-il et bien çela va faire des vagues .... Baisser les bras ne fera pas avancer les choses alors on se relèvent les manches et GO!..HIhii... a bientot chère camionneuse je reviendrai chez vous, moi qui a longtemps rêvé faire ce métier quand j'étais plus jeune!..merci..xox

ursule a dit...

Bonjour Sandra,

Si tu me le permets, je viendrai compléter mon commentaire dimanche soir ou lundi.

À tantôt,

André.

P.S. :

Est-ce qu'il y a quelqu'un qui aurait vu Jean de Sainte-Julie ? J'ai regardé dans le camion, il n'y était pas !

A. T.

Daniel a dit...

Nous avons tous notre façon de crier notre rage et de faire savoir notre lucidité. Le problême c'est que politiquement ce n'est pas payant pour les élus, ils veulent leurs fonds de pension et les pots de vin des grosses compagnies sans s'attaquer vraiment au maintien de notre futur commun.''Il s'agit de prendre en main notre destin commun, « our common future » selon l’expression de Mme Gro Harlem Brundtland.'' comme le soulignait Nelly chargée des relations avec Hubert Reeves en commentant mon cri de rage sur: http://www.freewebs.com/moilavie/
Je voterai donc pour aucun des deux gros partis pollués en place en espérant qu'un jour nous ayons vraiment du changement...
P.s. je vote pour toi si tu veux!
Bize

Garry a dit...

Ça fait un petit moment que ce message est posté, mais bon. J'ai quatorze ans, ce qui fait de moi quelqu'un de la génération patapouf-grotas-monosyllabique-baveux... la génération qui revendique le droit de se foutre de l'environnement autant que les autres. Bien qu'il y ait de plus en plus de conscientisation, la génération de veut pas perdre de son précieux confort, recycler est une perte d'énergie considérable et il va de soi qu'à peu près personne n'utilisera le transport en commun dès qu'ils auront le moyen de s'acheter une auto.Mais je crains bien ne pas faire partie de ceux-là, l'environnement me préoccupe beaucoup, au point de ne pas vouloir vivre à quelque part sans transport en commun (au minimum Ville Saguenay). Comme tu le disais si bien, «Suyis-je trop lucide pour être heureux»,serais-je capable d'oublier la planète et m'acheter de fabuleux balais Swiffer jetables? Je ne crois pas. J'aurai une conscience écologique toute ma vie et l'inscouciance environnementale n'est pas pour moi.