21 décembre 2006

Fuego fulmine!

Alors que je dors depuis à peine plus d’une heure, les plafonniers au-dessus de la couchette s’allument et me tirent du confort d’un rêve, comme quand on approche d’un terminus en autobus, mais cette fois, le chauffeur me connait personnellement : il m’appelle par mon nom pour que je me lève. Je sens Fuego changer de régime de moteur et de rapport de vitesse, nous ralentissons pour pénétrer une ville qui doit être Windsor en Ontario. Je sais que nous serons bientôt aux douanes, je m’étais endormie avec cette idée. Richard prépare nos passeports pendant que j’enfile mes pantalons et ma veste en laine polaire par-dessus mon pyjama. Je m’affale sur le lit pour tenter de prolonger mon repos de quelques minutes avant de franchir la frontière, mais Richard, du haut du siège de capitaine, me commande de sortir les papiers afin que nous soyons fins prêts pour la traversée. C’est lui qui dirige la nuit et je ne suis pas en état d’argumenter, je m’exécute en bâillant et tout abrutie par le sommeil, je m’assois sur le siège du passager. Les files de camions s’étirent jusque sur le pont Ambassador. Étrange sensation de déjà vécu. Soudain, à travers mes mirettes embrouillées, je remarque une mince fumée blanche qui surgit du capot. J’écarquille les yeux pour être convaincue par ce que je crois voir. Pas de doutes, Fuego fulmine! Je tourne la tête vers mon partenaire et nos regards inquiets se croisent sans qu’on ait à se dire un mot. Mais qu’est-ce qui lui prend de s’enflammer ainsi? Comme si Fuego montait sur ses grands chevaux parce qu’il exècre faire la queue aux douanes. Il doit se contenir jusqu’à ce que l’on soit traversés. Fuego calme toi, on est presque passés!

Il est hors de question d’examiner sous le capot de notre valeureux camion pendant qu’on roule sur le pont, ni sous son tablier, ni aux douanes. À Détroit, il est interdit de se garer en bordure de la rue même pour quelques secondes : No stopping, No standing, No parking. Est-ce assez clair? Il y a au moins 25 panonceaux pour nous le rappeler.
La police nous guette souvent à la sortie du péage, et plusieurs fois nous avons vu de « pauvres » chauffeurs écoper d’une contravention, amplifiant encore plus le qualificatif « pauvre », duquel on les affuble, pour avoir voulu mettre à jour leur carnet de route ou simplement pour soulager leur vessie. Il faudra que Fuego prenne son mal en patience pour les prochains 75 kilomètres.

Par chance, Richard gagne à la « loto-queue », et nous arrivons, en moins de 10 minutes, près de la cabine de l’inspecteur. L’agent des douanes, sans sourire, prend un temps qui me parait plus long à vérifier nos papiers. Au bout de quelques minutes, il nous en remet une copie estampillée « x Ray » et avec son plus bel air bête, sans raison apparente, sans soupçon aucun, juste parce que ça lui tente, il nous dirige à l’inspection secondaire aux rayons X. Peut-être a-t-il perçu les fulminations de Fuego? Pourtant, on prend soin de lui couper systématiquement le moteur dès qu’on atteint la guérite — qui, selon Richard, ressemble à une niche à chien —, pour ne pas déclencher le jappement du douanier. Je n’ai pas enfilé mon manteau pour rien, nous devons sortir pour éviter de nous faire irradier vivants par les puissants rayons X sur rails. Une fois sur 5 nous y passons, sans discrimination. Le fait de voir les experts en irradiation de camion encabanés comme nous me rassure un peu. Comme ils sont exposés à la radioactivité quotidiennement, j’imagine que dans un pays où les rapaces de la justice planent au-dessus de tout pour trouver une cause à se mettre dans le bec pour gagner leur vie et leur gloire, des précautions exceptionnelles ont été prévues pour notre protection à tous. Voilà maintenant que les hululements de vautours peuvent m’apaiser l’esprit! J’en suis moi-même éberluée! Fuego nous inquiète toujours et quand l’inspecteur nous donne le signal de dégager, je regarde furtivement sous la roue avant pour déceler une fuite. Je remarque des taches graisseuses sur les pièces du camion, mais pas au sol. C’est de bon augure. Mon inspection s’arrête là. Pendant le quart de nuit, les responsabilités incombent à Richard qui dirige le vaisseau, et moi, mon travail consiste à dormir pour mieux continuer à faire avancer le navire au matin. Je le laisse en plan avec Fuego et ses états d’âme, il saura très bien se débrouiller seul. Tout habillée, je m’en remets aux bras de Morphée et au jugement du capitaine en service. Je perds la carte jusqu’au début du jour.

À suivre…

8 commentaires:

Anonyme a dit...

Pauvre Fuego, les chevaux vapeurs se sentent fatigués. Espérons que Fuego aura son deuxième soufle question de tirer la charette avec son prince et sa princesse. Mon ancien camion de CAT 112 se nommait Doudou, allez up the hill Doudou et reprenais son deuxième souffle, il se branlait pas la queus mais pas loin. Encore un plaisir de vous lire. Tiens ça entre les 2 lignes Richard, toi too Sandra.

Stephane J

Tangerine du Québec a dit...

J'aime bien la facette 'dormir' de ton travail. J'excelle là-dedans moi!

ursule a dit...

Pauvre Fuego !

J'espère pour lui et vous deux que ce ne soit qu'un petit brin ( pas de rapport avec « Passe Partout » ) de surmenage et qu'il n'aura pas à passer ses vacances à l'hôpital... S'il fallait ! Il est si jeune encore!

André.

Jean a dit...

Vous voulez savoir pourquoi je déteste les téléromans et autres séries ou mini-séries du même genre?...

Eh bien, vous avez sûrement remarqué que toutes ces belles histoires qui nous sont racontées avec force suspense et bien ficelées de verbes colorés au style flamboyant, qui nous font haleter et titiller les neurones, eh bien, ces histoires se terminent immanquablement par "À suivre..."

À suivre!... Comment, sadique Sandra, peux-tu après ça t'abandonner sans vergogne dans les bras de Morphée, hein?!... Combien d'heures de sommeil serons-nous capables d'enfiler en attendant la "suite"?!... Avec combien de centaines, voire de milliers de pas tournerons-nous en rond au milieu de notre chambre à coucher?...

Ce roman-feuilleton est-il au moins une quotidienne afin que nous puissions en connaître la suite d'ici 24 heures? Ou a-t-il une fréquence hebdomadaire et alors là, la suite même jour, même heure, même poste, mais la semaine prochaine? Ah non, ce n'est pas une mensuelle comme ta chronique à Bazzo.tv, dis?!...

Bon, passé 1h30 maintenant!... Pourrai-je dormir cette nuit avec cet embêtant "À suivre..." en tête?... Bonne nuit quand même tout le monde (incluant Sandra et... Richard!) :-))

Jean a dit...

Tangerine, bonne idée: je pense que je vais y aller moi aussi... et ne pas me promener sur Internet toute la nuit comme la nuit dernière... :-))

Mijo a dit...

J'ose seulement espérer que ce n'était qu'un hennissement de fureur de la part de mon filleul à l'idée de faire la file aux douanes.

ursule a dit...

Jean, je suis complètement d'accord avec toi: depuis que j'ai appris que Fuego est malade, je ne dors plus. Si Sandra ne nous redonne pas de nouvelle aujourd'hui, j'annule mon réveillon. Comment fêter, alors que Fuego en est peut-être à sa dernière goutte d'huile?

Des nouvelles, Sandra! Des NOUVELLES...

André.

tub a dit...

mon camion aussi a eu un probleme de fuite cette semaine il fini l'annee sur la table d'oparation de cummins pour changer un seal trop petit sur la pompe a eau dendant que moi je me repose