29 octobre 2006

Courir, toujours courir!

Courir sur le globe c’est ce que je fais ! Je me demande si nous ne sommes pas en train de faire accélérer la planète comme un tapis roulant à force de courir dessus ! C’est bizarre, parce que justement, cette nuit, on a dû reculer l’heure… À croire que c’est vrai !

Depuis Memphis, nous sommes remontés à Toronto avec des biens pour la maison dont on n’a vu la couleur que sur papier (la remorque préchargée avait un sceau de sécurité comme c’est très souvent le cas), après quoi nous sommes redescendus tout près de la Floride, avec à notre bord, du nylon filé à Kingston en Ontario que nous avons livré dans une usine de tapis du sud de l’Alabama. Ensuite, de Montgomery en Alabama, on est retourné à Toronto avec des pièces de quincaillerie qui provenaient de partout : de Taiwan, de Chine, de l’Inde et des États-Unis, tous ça pour faire de malheureuses portes ! Et maintenant, depuis Tonawanda dans l’État de New York, nous voilà partis pour l’Ouest avec des matériaux crus pour fabriquer des pneus en Alberta. Selon nos prévisions, nous devrions être à Medecine Hat lundi dans l’après-midi. Il fait un temps de chien méchant qui grogne et jappe depuis des jours ! Le vent nous pousse vers le Sud tandis qu’on roule vers l’Ouest, Fuego a peine à résister, je tiens son volant bien serré tandis qu’il tangue à babord. Pourtant, j’aimerais m’y laisser porter comme sur un voilier, mais là n’est pas notre destination. On remonte lentement les fuseaux horaires sur un même parallèle et par chance, on délaisse la pluie et le gris qui semblent recouvrir tout l’Est. Les nuages sont absents du Minnesota et nous défilons dans le décor bucolique de « La petite maison dans la prairie ». Tiens ! Ça me donne envie de me faire des tresses comme Laura Ingalls !

Voilà ! J’ai de la difficulté à trouver un réseau sans fil pour internet, en fait, on a à peine le temps de prendre une douche, alors pour internet… Vous imaginez !

P.-S. : Depuis lundi soir le 23 octobre, jusqu’à lundi soir le 30 octobre, nous aurons roulé 10 700 kilomètres. Tout ça, c’est sans compter un aller-retour Montréal-Detroit fait auparavant de samedi à dimanche, soit 1684 kilomètres, ce qui porterait le total des derniers jours à 12 384 kilomètres en moins de 10 jours. Si on maintient ce rythme, dans quelques jours, nous aurons parcouru plus de kilomètres que vous en faites pendant l’année à bord de votre voiture, et ce, en deux semaines !




Je trouve le temps de vous poster mon texte paru dans le Journal de Montréal jeudi dernier, le voici donc.

À Bientôt!


Tard dans la nuit, Richard a accosté au quai de déchargement du client de Memphis au Tennessee. Pourtant, ce matin, je me réveille plutôt avec l'impression d'être au large de l'embouchure du Saguenay : Fuego, mon camion, se prend pour une baleine qui souffle à la surface de l'océan : Kshhhhhhhhhh! Kshhhhhhhh! Le chariot élévateur pénètre dans son ventre le soulageant de son chargement et chaque fois qu'il remonte sur le débarcadère, la suspension pneumatique du mastodonte s'ajuste et reproduit le son d'un rorqual qui expire lentement. Je ris en mon for intérieur parce que je n'ai personne avec qui partager ce tour de mon imagination, mon partenaire dormira profondément jusqu'à midi.

Dès que ma baleine a la panse vide, je navigue sur quelques kilomètres au sud, où une remorque déjà chargée pour un grand magasin de Toronto nous attend. Avec cette nouvelle cargaison accrochée à mon camion, je replonge dans le vaste océan de bitume pour rentrer au pays. Je converge avec les camions en banc, chacun dans son habitacle, chacun dans sa solitude, en remuant parfois les lèvres pour suivre une chanson, comme des poissons dans des aquariums roulants. Les feux rouges des remorques m’hypnotisent, les véhicules en sens inverse me magnétisent. Seule avec moi-même, je médite, je me laisse envahir par les idées construites, pour les déconstruire et les rebâtir selon ma vision. Pour les mêmes raisons que mes ancêtres ont couru les bois au 19e siècle, je cours les autoroutes en quête d'aventures et de découvertes. Tandis qu'ils troquaient les fourrures aux postes de traite, je transporte mille et un trucs pour les usines et les commerces des Amériques. Tout comme ces ancêtres, je vis des vivres que je transporte. Fort heureusement, mon confort est celui de mon temps, cuisinette, réfrigérateur, bibliothèque, téléviseur, communication satellite, ordinateur. Je traîne ma maison comme la tortue sa carapace, me vautrant dans sa commodité minimaliste. Cet habitacle est mon cocon, je m’y arrache qu’en cas de nécessité. La solitude fait aussi partie de la protection, parce qu'entrer en contact avec l'autre, c'est prendre le risque qu'il vous envahisse. Alors, comme les citadins dans le métro ou dans la rue, je revêts mon masque d'impassibilité pour me protéger des inconnus. Avec le blogue, je brise l'isolement, bien cachée derrière un écran et un clavier. Un formidable outil que mes ancêtres les aventuriers auraient certainement apprécié dans le fin fond des bois!

6 commentaires:

Jean a dit...

Sandra a écrit: "ce qui porterait le total des derniers jours à 12 384 kilomètres en moins de 10 jours. Si on maintient ce rythme, dans quelques jours, nous aurons parcouru plus de kilomètres que vous en faites pendant l’année à bord de votre voiture, et ce, en deux semaines!"

Déjà à 12384 km, Fuego et son équipage sont déjà rendus au kilométrage moyen annuel que je fais en auto depuis quelques années, soit depuis que j'ai pris ma retraite!... :-)))

Bonne route! À bientôt!

ursule a dit...

Sandra,

Quel beau texte que celui que tu as publié dans le « Journal de Montréal »! Sûrement les meilleures lignes publiées dans ce journal depuis plusieurs couchers de soleil...

Parlant de beaux textes, celui que tu viens de nous livrer ne donne pas sa place non plus. En fait, tu viens de nous offrir deux perles parmi les plus belles.

Medecine Hat; que de souvenirs tu me rappelles là. Tu sais pourquoi on a donné ce nom à la ville? Le médecin du village y aurait perdu son chapeau, à la suite d'un « vent fantôme ». Moi-même, j'ai failli prendre le clos à cause de ces vents aussi sournois que violents. Je n'y croyais pas; j'y ai cru!

Prenez bien soin de vous et,

BonneS routeS !

André.

ursule a dit...

Sandra,

Pour publier le commentaire précédent, j'ai du m'y prendre à trois reprises...

Quid ?

André.

Mijo a dit...

Fuego, une grosse baleine rouge !!

J'ai hâte de lui tapoter la panse à celui-là.

J'imagine les coureurs des bois avec une connexion Internet sur chaque arbre de vos forêts !! Tu es une coureuse de bétume des temps modernes.
Et nous, tes lecteurs, nous mangeons des km de cartes routières sur Internet pour te suivre et te localiser.

Denis le camionneur a dit...

Salut à vous deux, j'ai environ 5000km en 4 mois...en auto, mais je devrais bientôt entrer dans la compétition, depuis quelques semaines je me cherche un stage et un emploi, j'aurais aimé faire du transport local pour être près des enfants, mais voilà, le transport local ne paye pas tres bien, j'aime les camions, j'aime conduire mais $13 l'heure pour transporter de la bouette c'est trop peu....Donc aujourd'hui ou demain, j'attend un reponse pour partir en team avec une amie, dans un camion bleu de 52ieme ave à Lachine. Un beau gros Pete 379 tout neuf et toute équipé! En espérant croiser votre route.

Et félicitations pour ton texte du Journal de Montreal, encore une fois s'était du grans Sandra!

camionneuse a dit...

Salut les compagnons!

Bravo Denis!

Bien hâte d'avoir de tes nouvelles sur la route!

Sandra