21 août 2006

Tacos de desayuno ou régal à 1 $


Contexte : arrivés la veille à Laredo, trop tard pour livrer la remorque, nous partons tôt le lendemain matin.

Le parc industriel dort encore à cette heure matinale, sauf ce petit restaurant ambulant, déjà prêt à nourrir les travailleurs. Nous nous sommes mis en route au lever pour éviter la cohue des boulevards et arriver à point comme la tortue de la fable. Dans la rue longeant la cour du client encore fermé, nous laissons notre équipement. Armés de nos lunettes de soleil, nous partons à pied en quête de notre déjeuner. Le resto-roulotte ne se trouve qu'à deux pâtés, mais la canicule qui nous accable et rend l'activité exténuante. L'asphalte irradiant déjà la chaleur et l'humidité élevée débilitent tout être à sang chaud sur deux pattes, d'autant plus qu'il n'y a pas de trottoirs pour marcher. Les jeans nous collent à la peau tout comme les mèches sur nos tempes ruisselantes. Le maigre gazon vert est maintenu en vie artificiellement. Celui qu'on a « débranché » jaunit par manque d'eau. Le ciel a beau rayonner avec ses cumulus flottants dans l'azur, le parc industriel dégage une ambiance plutôt sinistre avec autant de bitume, de tôle et de déchets jonchant le sol. Sur un coin, un arbre aux fleurs lilas égaye un peu le paysage. Au loin, la caravane attend sa clientèle. Les mirages apparaissent sur la chaussée chaude, la chaleur monte lentement. Un bruit sourd de moteurs diesel résonne, pire que le vacarme des tondeuses bourdonnant un dimanche matin dans la banlieue. La génératrice de la cambuse et les quelques camions patientant avant l'heure d'ouverture de leur client perturbent la quiétude du matin. Nous faisons fi des grondements continus, trop affamés pour s'en préoccuper. Sur le côté du resto mobile, l'auvent est ouvert en guise de parasol, mais le soleil se trouve trop bas pour qu'il y ait l'ombre d'un filet d'ombrage. On sert des mets locaux toute la journée, une nourriture plutôt saine et consistante, sans friture comme dans la plupart des bouibouis nord-américains, que des tacos bien assaisonnés avec des herbes et de la salsa faite sur place. Par la fenêtre, la jeune fille basanée aux cheveux noirs prend notre commande. Elle ressemble à Dora, la petite du dessin animé. Derrière, j'entends le chef affairé dans ses chaudrons. J'hésite un peu, parce que je ne suis pas trop habituée avec le menu de la maison inscrit sur des cartons fluorescents collés au mur extérieur, j'arrête enfin mon choix sur un taco de déjeuner avec oeufs, coriandre et salsa enroulés dans une tortilla de maïs. Des tabourets se tiennent là pour l'attente des clients et pour ceux qui veulent manger sur place, mais personne n'a le courage de rester ici pour avaler quoique ce soit sauf peut-être un peu d'eau, préférant le confort climatisé du bureau, du camion ou de la voiture. Personne n'a l'idée non plus de venir à pied et je crois que pour cette raison on nous regarde comme si nous étions deux cow-boys sans monture perdus dans le désert. Avec un sourire timide, la jeune fille nous passe nos deux tacos bien chauds emballés dans du papier d'aluminium et nous observe repartir en marchant, sans chevaux-vapeur. Nous attendons de rejoindre notre cambuse privée et climatisée pour déguster notre petit déjeuner simple, mais tout de même savoureux. La tortilla de maïs donne un petit goût suave et sucré, et la coriandre et la salsa agrémentent l'insipidité de l'oeuf. Un repas qu'on a littéralement mérité à la sueur de notre front. Un régal à 1 $! Qui dit mieux?


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3 commentaires:

Choubine a dit...

Oui, ç'a l'air bon. Mais peut-être un peu chaud...

ursule a dit...

Sandra,

Ça donne vraiment le goût d'en manger.

Bon retour !

André.

mathieu a dit...

vmt cool ton blog!