16 juin 2006

Les anges de l'angle mort


Samuel était super content. Son papa lui avait permis d'emmener son meilleur ami. À 5 ans, Thomas avait eu la permission de sortir une journée avec son copain pour la première fois. Le regard complice, sur la banquette arrière, ils jouaient à des jeux qu'eux seuls comprenaient. Les rires en cascade fusaient à chaque toucher des mains. Marianne, la grande soeur de Samuel, jouait seule avec sa poupée joufflue reçue deux jours plus tôt pour son septième anniversaire. Elle lui peignait les cheveux en pensant au plaisir qu'elle avait lorsque sa maman brossait les siens avant d'aller au lit. Ils revenaient tranquillement du cinéma en roulant sur l'autoroute 40 Ouest. Le papa circulait au même rythme que le trafic dans la voie du centre.

Roger passait par là, sur la seule autoroute qui traverse Montréal. Il venait de faire charger ses deux remorques, attelées en train, de poutrelles d'acier. Il roulait avec le chargement le plus lourd permis au Québec soit plus de 145 000 livres. Il avait connu une superbe journée. Il avait pu attacher son chargement en sifflotant, appréciant le soleil de midi, lui qui se souvenait encore du terrible hiver à faire casser les doigts sur les chaînes gelées. Il roulait prudemment sur la 40 en direction ouest. Il avait mis sa cassette de Willie Nelson, celle qui a le pouvoir de faire traverser une grande ville bondée comme si c'était une rivière fluide. On the road again.... Seiing places that I've never seen before, I can't wait to be on the road again.

Le trafic était dense comme d'habitude, mais la circulation n'en souffrait pas trop. Il pouvait rouler presque à pleine vitesse soit 60 km/heure. La petite berline grise se trouvait devant lui à bonne distance. Au loin, la fourche en « y » séparant la 15 Sud et la 40 Ouest. Dans la voie du centre, on peut prendre les deux directions. Le papa de Samuel et de Marianne a commencé à s’avancer vers le sud, puis très vite, il s'est aperçu qu'il faisait fausse route. Roger avait commencé à s'engager vers l'ouest quand il a vu la petite berline hésiter. Le papa a rapidement bifurqué vers la 40 Ouest sans faire son angle mort.

Le coeur de Roger a bondi aussi vite que son pied sur le frein. Il a crié comme si cela pouvait l'aider à freiner 145 000 livres sur un mètre.

— Nooonnnnnnnn!

Il a frappé une fois la berline. Comme dans un film au ralenti, il a vu la tête des enfants ballotter. La voiture a percuté le parapet et a rebondi plusieurs fois entre son pare-chocs d'acier et le muret de ciment. Roger a entendu les vitres se fracasser, la carrosserie gricher, la ferraille se broyer, les freins crisser. Il est monté debout impuissant sur ses freins comme pour leur donner plus de puissance. Il sentait la voiture se meurtrir sous son tracteur. Le mastodonte l'a traîné sur plusieurs mètres. Ses freins fumants sentaient le brûlé. Tout s'est arrêté. Le silence a silé. Roger est sorti de sa torpeur en tremblant. Le cauchemar n'a pas pris fin. Trois poutrelles d'acier avaient transpercé sa cabine à deux doigts de lui perforer le corps. La voiture n'était plus. La tête des enfants ne dodelinait plus. Trois anges sont nés dans l'angle mort, escortés par un papa trop jeune pour monter au Ciel.

Un ambulancier est venu chercher Roger tressaillant. Un policier a pris les témoignages des passants avant de rencontrer Roger. Il a pris la peine de le réconforter le chauffeur de camion et de lui dire qu'il n'avait rien à se reprocher, qu'il n'aurait rien pu faire d'autre. Cela ne l'a pas empêché de suivre une thérapie de deux ans avant de reprendre la route.

Je l'ai rencontré dans un Tim Horton sur la 401, il y a déjà quelques années, alors qu'il reprenait le chemin après son traumatisme. Il nous a raconté son histoire les yeux mouillés. Maintenant, L'odeur des freins grillés a l'odeur de la mort. Les chansons de Willie Nelson font secouer les têtes des enfants et les projettent sous son tracteur.

Depuis que je l'ai entendue, je n'ai plus jamais été la même au volant. J'ai réalisé à cet instant que je manoeuvrais une arme et que les automobilistes sont souvent inconscients du danger.

S'il vous plaît, quand vous partirez en vacances, faites vos angles morts, et laissez-nous de la place pour freiner, c'est vital!

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36 commentaires:

Fille_ordinaire a dit...

Ouf .. quelle histoire ... il est vrai que la majorité des gens n'ont pas conscience qu'il est impossible pour les camions de freiner "sur un 10 cents".

J'ai connu des camionneurs qui m'ont raconté des histoires semblables, qui m'ont fait prendre conscience du danger. Depuis ce temps, je laisse de l'espace aux camions.

Peut-être qu'une campagne de pub pourrait éveiller les gens .. je ne sais pas, je lance l'idée au hasard, mais trop peu de gens sont conscients des dangers, ce qui donne lieu à des histoires d'horreur comme celle de ce matin.

Bonne route, chère camionneuse, soyez prudente ! :-)

Sylvain Larin a dit...

Voici exactement ce que je redoute le plus de ma futur vie de camionneur. Je ne sais pas comment je réagirai si ça m'arrivait :(

Epicure a dit...

De si graves conséquences causées par une simple, mais oh combien importante, rotation de la tête d'à peine quelques secondes qui a été oubliée.

Ce texte bouleversant est autant sinon plus efficace que n'importe quelle campagne de pub de la SAAQ.

Josee a dit...

La poutrelle d'acier....en lisant ton blogue, je me suis souvenue d'un après-midi ou je revenais vers chez moi, au Bas St-Laurent. En sortant du tunnel, des autos sur toutes les voies, moi au centre, a ma droite, un peu devant un gros camion chargé de poutrelle d'acier. A un moment, j en vois une qui voltige comme une allumette dans les air. Droit vers moi. Comme dans un ralenti au cinema, elle fonce sur moi. Ça y est, je me vois morte. La grosse allumette se dirige vers ma bagnole et au dernier moment frappe mon capot pour rebondir sur la voiture a coté de moi.
J'en tremble encore. A qui la faute? A personne probablement. Le caminonneur a surement bien vérifié son chargement avant de partir. Un chaine qui s est cassée? Un boulon qui s est brisé? On ne saura jamais. Surement qu il a du s en rendre compte et qu il a eu tres peur aussi, autant que moi.

Depuis ce temps, j ai une ',tite''crainte quand je suis derriere un mastodonte.

Hugo a dit...

Troublant...
Dans mon jeune temps, j'ai voyagé plus de 48 heures à bord d'un camion attellé à 2 remorques, en revenant de Vancouver sur le pouce. Ces 2 jours et demi ont profondément changé ma façon de partager la route avec les gros camions... et accru mon intolérance face aux camions qui me suivent de trop près!

Merci de nous faire réaliser ce que trop de gens ignorent: les camions ont besoin d'espace!

Audrey a dit...

La vérité en pleine face! J'en ai encore la chair de poule!

Joanie a dit...

Ouuff.. Cette histoire m'a vraiment touchée. Je viens tout juste (depuis 3 mois) d'avoir mon permis temporaire (j'ai 16 ans)... Et cela m'a vraiment fait réflichir.
En plus, ici, en Gaspésie, où j'habite, il faut se l'avouer, les angles morts, ce n'est pas ce qui est pratique courante, puisque le trafic est différent de celui de la ville, mais ça ne veut pas dire qu'on doit les oublier. Surtout pas quand on conduit en ville.
C'est certain que la prochaine fois que je prendrai le volant et verrai une camion, j'aurai un petit pincement au coeur en pensant à cette histoire....

brem a dit...

Okay, mais votre partie du contrat, c'est de respecter les limites de vitesse.

Combien de fois j'ai vu une remorque en dépasser une autre qui allait déjà à au moins 120 km/h?

louis-martin a dit...

merci mais aussi troublant...

Je crois que aussi les automobilistes sont en tort... Quand on se retrouve sur l'autoroute et une voiture nous fais une appele de phare à 120KM et plus, il se trouve à trois pied de notre valise et toujours à 120KM...
Il faut voir que ces faciles de dire que les camionneures sont en faute ou aussi facile que les taxis. Ces des gens qui se retrouve en grand notre sur nos routes donc plus risque, pour ce groupe de ce retrouvé dans des accidents.

Jojovy a dit...

L’année dernière, un matin très glissant. Je m'arrête pour tourner à gauche, il y avait une voiture qui venait en sens inverse, personne devant moi, j'ai regarder dans mon rétroviseur pour me rassurer (mon père m’a toujours dit « Il faut conduire pour les autres! ») et je vois un « flat bed » sans cargaison qui roulait beaucoup trop vite. Quand il a voulu freiner il a dérapé, prenant la largeur de la route. L’autre auto est passée de justesse en allant sur l’accotement. Heureusement, j'avais de bon pneus, et personne devant arrêté et personne en sens inverse qui m'empêche d'avancer, j'ai écrasé et j'ai tourné à gauche, Dans le miroir, je pouvais voir ma fille Jessy, 4 ans, qui me regardais avec un beau sourire avec le poids lourd de travers dans la rue qui se rapprochait à une vitesse folle. J'ai eu l'impression que ma vie s'arrêtait là et que ce serais mon dernier souvenir de ma fille. Je suis toute croche juste à y penser.
Les gens se pensent invincibles et sont imprudents, on n’est pas au cinéma, la vie est trop précieuse pour prendre des risques inutiles. Depuis, je suis très nerveuse en voiture surtout quand j’ai les enfants. C’est pas toujours la faute des camionneurs, ni des automobilistes seulement. Il y a déjà trop d’accident inévitable, il faut qu’on apprenne à prévenir ceux qui le sont.

Eve a dit...

épeurant, tout simplement épeurant....
Je savais que j'avais raison d'avoir peur de ces gigantesques camions.
Aussitôt que j'en vois un sur la route, je ne cesse de l'observer pour voir où il va!!

Mélody a dit...

Ton histoire a glacé le sang dans mes veines j'ai vraiment arrêté de respirer quand j'ai lu ton histoire... C'est terrifiant! Pourtant des histoires de ce genre j'en entend parler très souvent mon chum est camionneur pour une cie de remorquage pour les GROS truck de ce genre. C'est tellement ahurissant de voir la cupidité des gens sur les routes, leur inconscience face au danger qui nous guête tous je ne dit pas de devenir parano mais être au faite des règles de la sécurité routière... Il me semble qu'on en parle assez pour être tous conscientisé!!!

soeurette a dit...

bonjour ma soeur, je lis ton blog depuis le début, et c'est aujourd'hui que je prends le temps de t'écrire. Hey les autres: "c'est ma soeur et j'en suis fière" surtout depuis que je lis tout ce qu'elle raconte. ton histoire sur le camionneur m'a terrifiée, tu te l'imagine, j'ai pensé à mes enfants. bravo ma soeur, je trouve que tu as une belle plume et continue ton beau travail. en lisant tous les commentaires que tu as, ça me rend encore plus fière d'être ta soeur. bonne route
soeurette

brem a dit...

Louis-Martin:

très beau nom.

Un appel de phare, quand ça m'arrive, je m'en c*isse et je continue ce que je faisais. Le gars est en maudit, mais moi je suis encore sur la route, sain et sauf.

Ça arrive souvent que c'est un automobiliste qui rentre dans le cul d'une van?

Moi si un automobiliste rentre dans le cul d'une van, je me dis que c'est la faut de l'automobiliste qui suivait de trop proche, et il l'a cherché.

Quand c'est la van qui emboutit une série d'auto, comme le gars de l'Ile du Prince Édouard l'avait fait à Lévis il y a 2-3 ans parce qu'il dormait sur la switch et qu'il avait pas remarqué qu'il y avait un bouchon de circulation, je me dis que certains camioneurs (camioneuses, vous êtes surement plus prudentes!) dorment sur la switch et se rendent pas compte de l'arme qu'ils ont dans les mains.

Oui certains automobilistes roulent en malade.

Mais moi, on m'a toujours dit de pas traverser la rue à une traverse piétonière parce que j'avais le "droit", mais parce que la voie était libre.

Un truck, c'est plus gros qu'un char. Un char c'est plus gros qu'une moto, et ainsi va la vie.

Quand je suis un camion sur l'autoroute, sois je garde mes distances, soit je m'enpresse de le dépasser.

Camionneurs, je vous fuis comme la peste noire! :)

Ness a dit...

Vraiment troublant comme histoire. Quand je vois des gros camions qui me dépassent sur l'autoroute, je leur fait toujours un appel de phare pour leur signaler qu'ils peuvent revenir dans la voie de droite. Chaque fois, le chauffeur me remercie en faisant aussi un appel de phares. Pour moi, c'est du respect. Je ne roule pas assez vite? Okay. Dépasse-moi et quand ça va être "safe" pour toi, je vais te faire signe pour que tu reviennes dans l'autre voie.

Ça fait réfléchir, ton histoire! Je la garde en mémoire pour la prochaine fois que je serai "on the road again".

Merci d'avoir partagé ça avec nous!!

rose etc a dit...

je lis ton blog régiulièrement, je l'ai même mis d'office dans mes favoris, tant ton histoire me passionne (à vrai dire je t'admire)))
mais surtout j'aime ton écriture
ta façon de nous emmener sur ta route
et là l'effroyable récit de plusieurs morts
si bien écrit, faisant la part juste à la tragédie
sans jugement, sans appel
et ce titre "les anges de l'angle mort" qui pourrait être le titre d'un livre, une science fiction qui se transforme en atroce réalité

souvent je pense à ça
la force en route
la force de ces camions que nous, automobilistes, comprenons rarement, parce que ce que tu racontes là est difficilement imaginable

bonne route

Diane a dit...

Bonjour à toi chère camionneuse,
En autant que possible, on essaie toujours d'être vigilant et poli, mon fils de 21 ans conduit des "vans" lui aussi, c'est son choix de métier. On parle souvent avec lui de ce qui lui arrive sur la route et on comprend les routiers. Mais... des fois les camionneurs nous font peur, vraiment peur comme à Québec, se faire couper sur la 20 quand on est rendu à leur hauteur, juste, juste, il faut appliquer les freins et vite, vite pour éviter de se faire accrocher, ça m'est arriver à plusieurs reprises et particulièrement la semaine passée, le camionneur qui se tasse quand on est déjà rendu à sa moitié, croyez-moi j'ai crié, j'ai vu les roues et tout proche de mon aile, mon chum a tassé à gauche le plus possible tout en appliquant les freins brutalement pour éviter de se faire écraser, maudit. (et ce n'était pas parce qu'on niaisait à sa hauteur car on sait bien qu'il ne faut pas tomber dans l'angle mort du camionneur) Mon chum m'a dit ensuite, fait lui un doigt d'honneur quand on l'a passé. Mon chum a klaxonné en arrivant à sa hauteur et je l'ai regarder en lui montrant mon index comme à un enfant en indiquant qu'on ne fait pas ça (je ne voulais pas lui montrer l'autre doigt). Je voulais qu'il prenne conscience de ce qu'il avait fait mais je crois que non car il a recommencé à couper une autre voiture, on a vu dans le rétroviseur, on était estomaqué.

Mijo a dit...

Une erreur d'inattention et c'est la catastrophe.

ursule a dit...

Sandra,

Ce texte, qui est, faut-il s'en étonner encore, magnifiquement écrit, m'a fait frissonner passablement: pendant sa lecture, mais plus encore dans les instants qui ont suivi.

Il y a une trentaine d'année, j'ai assisté à la mort d'un camionneur dont le camion avait fait un carambolage, après avoir heurté une automobile. C'est certain que, lui, il n'avait pas pris de boisson... Jusqu'à la toute fin pourtant, il se sera préoccupé de l'état de santé des passagers de la voiture, comme si lui, il n'avait rien, nous faisant même douter quelques instants de la gravité de son état. Hélas, il ne nous a pas permis de nourrir ce doute très longtemps, car il avait rendez-vous Ailleurs...

Ton récit m'a ramené à ce triste évènement, comme s'il avait eu lieu hier. Et comme à cette époque, j'admire toujours, encore en silence, cet homme, ce camionneur « sans nom », cet inconnu que je n'aurai vu qu'une seule fois!

Oui, il faut l'avouer, il y a des camionneurs qui conduisent dangeureusement: ils ne devraient jamais avoir le droit d'occuper le siège que toi et ton chum occupez présentement.

Mais aussi, oui, il y a une quantité incroyable de personnes qui conduisent une voiture et qui ne devraient pas le faire, car ils n'ont même pas les capacités intellectuelles et morales pour conduire un tricycle. De plus, proportionnellement, ils provoquent beaucoup plus de morts et de blessés que les camionneurs et ce, dans leur ensemble.

Enfin, vers trois heures du matin, à la sortie des bars, il n'y a pas grand camionneurs ou camionneuses qui sont, de quelque façon, responsable d'un accident, même mineur, ce qui n'est pas tout à fait le cas des automobilistes...

Sur ce et puisque vous êtes deux:

Bonnes routes!

André.

ursule a dit...

Sandra,

«...une trentaine d'annéeS » et non pas: année!

En passant, ta soeur a bien raison d'être fière de toi!

André.

Barbotte a dit...

Wow. Quelle histoire percutante. Je suis sous le choc. Je vais digérer le tout.

Et du même coup, je t'ajoute à mes favoris!

Num a dit...

Cette histoire me trouble d'autant plus que la photo affichée est à quelques pas du lieu ou j'ai habité pendant plusieurs années.

Souvent, les bruits de camions, les freins, les accidents je les ai aperçus...

Encore hier j'avais l'intention de faire un post sur les lumières rouges. Seulement hier, TROIS FOIS !!!!

Merde !!! C'est pas un jeu !!!!

Très beau texte !!!

Raoul a dit...

Je ne pense pas qu'il faut se plaindre, on a les conducteurs qu'on mérite.

Très peu de monde save conduire. Les cours de conduites n'ont pas toujours été obligatoire, et la formation actuelle est vraiment légère.

Ya aussi un fort sentiment d'égoisme. Chacun conduit pour lui.

Faut avouer que le réseau est très mal fait (les entrées d'autoroute juste avant les sorties..., signalisation défaillante)

Tu mets tout ca ensemble dans le traffic a 100km/h ou plus.

C'est évident qu'il va y avoir des accrochages et des morts. Mais au moins, ya un beau coté: on fait des économies pour pouvoir mettre un ado plus rapidement sur la route! (*cynisme*)

carolineD a dit...

D'accord, on doit laisser de l'espace aux camions. Mais qu'est-ce que je fais puisqu'une fois sur deux, quand je suis dans une voiture, il y en a un qui s'installe juste derrière moi? Les camionneurs ne semblent pas être conscients que vu leur poids ils ne pourront pas s'arrêter en quelques mètres. La distance qu'ils laissent la plupart du temps entre eux et l'automobile qui les précède est insuffisante. Le moindre petit freinage d'urgence de la voiture et paf, c'est la catastrophe. À quand des camionneurs qui suivront les voitures à distance raisonnable?

Anonyme a dit...

c'est vrai que les camions ont besoin d'espace et jer respecte la distance dont ils ont besoin MAIS.............certains camionneurs pensent que la route leur appartient et cela a failli tourner au drame la semaine dernière si mon chauffeur n'avait pas heurté un cone pour éviter que ledit camion nous emboutisse. Il avait tout simplement OUBLIE de se tasser à droite.

kraken a dit...

Expérience personnelle: J'ai failli me faire écraser par un camion en allant travailler. Le conducteur, endormi, était rendu dans ma voie. J'avais 2 choix: le fossé à gauche, ou celui à droite. Juste avant de me percuter, à environ 60 pieds, il braque vigoureusement et passe proche de renverser sa charge sur mon auto (des "bundle" de 2X4, 23 au total). J'ai vu les roues arrière du "trailer" passer à quelques pouces de mon pare-chocs, et les chaînes faire la "balloune". Si vous n'avez jamais vu un trailer penché à 30 degrés sur vous, je vous souhaite de ne pas avoir le même point de vue que j'avais. J'en ai presque fait des "traces de freins" dans mes shorts.

Mon père a vécu la même chose, mais lui il a DU aller sur l'accotement de GAUCHE pour éviter le camion; le "motté" n'avait pas graissé sa "fifth wheel" et le camion a presque passé droit dans le virage, en hiver.

Y'a de l'éducation à faire des 2 côtés.

J'ai également vu un jeune-à-calotte faire une queue de poisson à un MACK 12-roues ("mixer" à ciment). Le bas du pare-chocs allait aux 3/4 du pare-brise. Le camion n'aurait probablement même pas bronché.

Ayant grandi en Abitibi, dans un milieu où il y a 2 camions par auto, et surtout en travaillant sur des tracteurs à partir de l'âge de 11 ans (ferme oblige) j'ai pris conscience très tôt qu'un véhicule, quel qu'il soit, c'est un "gun" chargé à bloc. Le problème c'est pas que je peux me tuer avec, mais que je peux en tuer d'autres au passage...

kraken a dit...

En passant, mon frère est camionneur depuis 3-4 ans. Je connais donc les 2 côtés de la médaille.

Des histoires d'horreur, je pourrais en racconter des tas; des face-à-face de 2 camions de "pitoune", où les chargements sont venus s'accoter l'un après l'autre (au travers des cabines, et donc des chauffeurs), un Kenworth W900 sur le "top" avec le chauffeur -vivant- en-dessous (ça nous a pris 4h pour le sortir de là). Des camions et des autobus (dont j'étais passager) dans le "clos" l'hiver (y'en a qui manquent leurs côtes et qui partent du reculons... Pas pratique quand la côte fait un virage à 90 degrés).

C'est ce qui se passe quand on habite la première maison après un grand bout inhabité, pour les urgences on vient toujours sonner chez-vous...

Shanira a dit...

Ah, l'hiver en Abitibi! En revenant de l'école en autobus, un camion en face qui essaie de freiner sur la glace et qui fait un "jack-knife" devant l'autobus en train de faire descendre des enfants...

Notre cher petit frère camionneur en a vu des belles, dont un conducteur d'auto qui vient se placer vite vite dans son espace de freinage dans un bouchon de circulation. Une chance qu'il a eu le réflexe de se sacrer sur l'acottement sinon plus de ti-monsieur inconscient. La meilleure, quand il l'a claxonné, l'imbécile n'a pas trouvé mieux que de lui faire un finger. Il venait probablement de lui éviter au mieux un voyage en ambulance ou au pire en auto du coroner...

kraken a dit...

J'avais oublié celle-là: se faire dépasser par la droite par un camion rempli de bois, par le fossé (accidentellement, à cause du verglas). Le camion a dépassé littéralement l'autobus scolaire d'une demi longueur (il a fait 2-3 longueurs dans le fossé). Ça lève un beau banc de neige... J'étais dans ledit autobus, côté "banc de neige". Tout ce que j'ai vu c'est que les vitres se sont paquetées d'un bon pouce de neige sur tout le côté, jusqu';a ce que le chauffeur n'ouvre la porte pour aller porter secours au camionneur.

C'était à l'approche d'une zone de "50", le matin, en rentrant au village, juste avant le rang 10. Frérot camionneur n'avait que 5-6 ans à l'époque. J'en avait 9-10.

Shanira a dit...

Et moi 13-14, mais je l'ai ratée celle-là il me semble, je devais avoir congé.

Mademoiselle C a dit...

Troublant. Percutant.
Ça porte à réfléchir sérieusement.

igby a dit...

Ouch... troublant.

Le Train De La Nuit a dit...

Cette histoire représente ma plus grande peur sur la route à moi aussi.

Je dis souvent que c'est l'hésitation qui tue...

Ça m'a tiré les larmes! Belle plume, chère. :)

Denis a dit...

Tout simplement pognant, je commence mon DEP à Mirabel le 1er Aout, je crois que cette histoire représente ma plus grande peur, il y a aussi une autre peur, celle de ne pas revoir mais enfants après une longue journée d'ouvrage. J'ai toutefois bien hâte, des camions j'en mange depuis que je suis tout jeune et maintenant à 43 ans je vais enfin vivre ma passion. Pas question de me retrouver pour une compagnie qui pressera le citron pour en avoir toujours plus...et l'argent n'est pas ma motivation.

Je suis vos aventure avec grand intéret, vous m'avez juste donné plus le gout d'etre à vos coté...merci.

En passant' j'ai découvrir ton merveilleux blog à mon ami le poète-menuisier...George Bize...un bon gars.

Bonne route, et soyez prudent, nous voulons continuer à vous lire encore pendant plusieurs années.

Denis

Denis_falardeau@hotmail.com

P Saucier a dit...

Voilà pourquoi je ne coupe jamais, ô grand jamais, un camion sur l'autoroute. Ce texte m'a donné des maux de ventre !

Anonyme a dit...

Moi qui a peur de vos gros camions, c'est finalement vous qui avez peur de nous !

Bravo pour ton blogue !