04 mai 2006

Naître défavorisé

Ça y est on est reparti pour Laredo. Des nouvelles bientôt. Le temps que je reprenne le dessus je vous répondrai tous dans les commentaires d'ici une semaine. Désolée de ne pas encore vous avoir répondu, ça viendra. Merci de vous être soucié de nous! (et de ce foutu ordi parti courir la galipotte!)

La petite herbe verte n’a rien demandé, le hasard a fait qu’elle est née dans la terre contaminée. La première fois qu’elle a percé le sol, elle a senti l’odeur âcre, elle a perçu un goût âpre, elle a vu la laideur et la désolation.
Elle a cru que pour tous les vivants, la vie était dure et acariâtre, parce qu’autour d’elle, tout est noir de contaminants puants. Elle a toujours cru que la vie ne faisait pas de cadeaux et qu’il faudrait bûcher pour survivre.

Jusqu’à ce qu’un jour radieux de printemps, elle aperçoive au loin dans un champ, des millions de consoeurs s’épanouissant aux côtés de jolies fleurs. Avec ses racines bien enlisées dans sa terre polluée, elle les a bien observées : chaque semaine, elles se font tailler, arroser, engraisser, dorloter, cajoler, bichonner. Elle regarde tristement à ses pieds, elle se rend bien compte que son épanouissement est hypothéqué et que jamais une fleur ne pourra percer ce sol de misère à ses côtés. Comme un coup de masse, elle apprend que la vie est injuste. Son souhait le plus cher est de se faire transplanter dans ce champ de verdure entretenue, où la vie paraît si belle et si facile, où l’on prend soin de toutes les brindilles graciles.

Elle espère qu’un jour un ange la transplantera, parce qu’il n’y a pas que sa vie à elle qui est compromise, mais aussi celle de tous ses descendants. Elle prie pour que le vent souffle si fort qu’il l’enracinera dans ce champ favorisé, auprès de fleurs et de la beauté dans toute sa splendeur.

C’est fou ce qu’une herbe peut nous enseigner sur les injustices de la vie! J’ai pensé à tous ces enfants, qui comme cette herbe, ont leur avenir compromis par leur milieu défavorisé.

5 commentaires:

Jean de Sainte-Julie a dit...

Quelle belle parabole, Sandra, que celle que tu racontes ici. C'est vrai (plusieurs études l'ont démontré), les enfants nés et élevés dans des milieux défavorisés ou moins favorisés, ne partent pas dans la vie sur un pied d'égalité avec les autres. S'ils veulent réussir, ils doivent bûcher davantage, ils doivent être aidés davantage. D'où certaines mesures spéciales pour les écoles situées dans ces milieux depuis plusieurs années déjà (à Montréal, entre autres). Et c'est bien ainsi. Malgré cela, ils n'arrivent pas tous à bon port: cégep, université, emplois bien rémunérés, etc. Par contre, pour ceux et celles qui ne se découragent pas, la réussite est possible et, belle consolation, certains et certaines réussissent malgré tout et c'est alors une grande satisfaction.

ursule a dit...

Bonjour Sandra,

Quel beau texte en guise de rentrée!
Je n'ai rien à rajouter, tout est là et très bien dit.

Comprends-tu pourquoi tu nous manquais autant?

Bonne route,

André.

Papyroutier a dit...

Bien le Bonjour Sandra notre amie "Camionneuse"
Je suis Jean un routier retraité Français, je suis très heureux de lire tes messages,et serrais également content de mieux connaitre ton travail...tes parcours...etc.
Cordiales salutations et bon courage.

papy.routier25@tele2.fr

f de b a dit...

Aller savoir: ta petite plante verte maigrichonne est peut-être plus heureuse que l'autre obèse du champ voisin.
Elle est peut-être amoureuse du beau caillou lisse jeté à ses pieds par un voyou qui a raté sa cible.
La vie est remplie de beaux hasards.
Qui sait ce qui se passe dans sa tête ?

camionneuse a dit...

C'est vrai Jean, c'est bien une parabole cette historiette. J'ai presque envie d'en faire un comte pour mon petit neveu.

Fidèle André Merci de m'encourager!

Bienvenue Papy! Tu n'es plus à la retraite maintenant que tu pars avec nous, je te ferai travailler!

Oui F d B. C'est vrai que l'herbe parrait toujours plus verte chez le voisin. Peut-être comme tu dis elle est amoureuse d'un caillou. Mais si elle emmenait son caillou dans le champ voisin, ils pourraient peut-être se concentrer sur leur bonheur plutôt que sur leur survie. Après tout, il y a beaucoup de gens qui se suicide en occident alors la vie n'est pas toujours si verte que ça. Mais si on pense à l'éducation qui est le remède de tous les maux, mieux vaut vivre dans un champ verdoyant que dans une marre polluée.