21 juin 2006

Touché par un coup de foudre

C'est n'est qu'aujourd'hui que je publie ce que j'ai écrit le jour de notre départ il y a déjà 7 jours. Le texte en avait assez de mariner, qu'il m'a dit! Jette-moi sur le net! Alors, j'obéis...

Quant à nous, nous roulons pour rentrer au pays. Nous avons touché Laredo comme prévu, fait une petite brassée de lavage chez Wishy washy -- c'est comme ça que ce nomme la buanderie, je n'y peux rien! -- pour sentir le propre et vite on nous a assigné une autre remorque pour rentrer. Demain, livraison à Cambridge en Ontario, ensuite on ramasse des capsules de bouteille de bière chez Labatt pour les livrer à LaSalle sur l'île de Montréal. Ce n'est que demain soir qu'on pourra se décapsuler une «Pt' ite frette » Tscchh! en pliant le «cap» qu'on aura nous-mêmes transporté. Glou glou glou! Aaaahh! (fausse idée désaltérante si réconfortante à Balconville).

Vendredi matin, on compte bien aller à la Place-des-arts pour saluer l'équipe d'Indicatif présent --nos potes de routes--, pour une dernière fois.

Après 13 200 kilomètres, vous comprendrez que je n'ai pas eu le temps d'éponger le déluge dans ma boîte de courriel, ni de répondre à tous les commentaires. Je commencerai à écoper très bientôt promis!

Voici donc dans le désordre notre première journée :


C'est avec le ventre du camion bien rempli que nous quittons le terminal. On lui a bourré la panse avec des pneus bons pour la casse. À Joliette, nous livrons dans une cimenterie dont les cylindres de béton sont visibles dans toute la ville. Sur place, le terrain est parsemé d'embûches : le camion doit se frayer un chemin entre les silos et sous les convoyeurs de roches qui descendent en angle, souvent trop bas po
ur y passer avec nos 13 pieds 6 pouces (4.1m) de hauteur. La sécurité dépêche un pick-up pour nous guider jusqu'au cimetière de pneus. J'aperçois d'énormes montagnes noires. Dans la boue, je stationne la remorque qui restera sur les lieux jusqu'à ce qu'on la vide. C'est là que les pneus usés reprendront vie comme des zombies. On les transformera en immenses tapis pour protéger les environs pendant les explosions qui concassent le roc.

Délestés de notre boîte, nous suivons l'accompagnateur jusqu'à la sortie. Mais soudain, dans la nuée du pick-up, j'ai senti mon camion touché par un coup de foudre. Il s'est arrêté net. Il a rougi d'envie quand il a aperçu un camion plus gros que lui! Un colosse gigantesque, tonitruant, fort, sale et méchant, avec de monstrueux crampons pour jouer dans la boue, rugissant de force sous le poids de sa démesure. Mon beau rougeaud bavait d'excitation devant son frère d'huile viril qui avançait en tanguant dans les saillies de terre et les trous géants, comme si c'était une grande mer pleines de moutons.

— Mais qu'est-ce qui te prend? Lui ai-je demandé? T'es née pour la grand-route et c'est tout à ton honneur! Tu n'imagines pas ce que ce camion endure toute la journée pour bouillonner d'envie comme ça! Il bosse avec des cailloux qui casseraient ta carrosserie de fibre de verre, il trime avec des poids qui te feraient courber les pneus. Le costaud que tu vois, il travaille comme un forçat, il supporte le froid pendant 6 mois, il est maltraité à coup de roc. Ce n'est pas parce que tu fais de la grand-route que t'es un gringalet pour autant! T'es un athlète de la distance comme un marathonien. Qu'est-ce que tu crois? Qu'il ne t'envie pas lui aussi? Il n'a rien vu d'autre que le ventre de l'usine qui l'a vu naître et la cour dans laquelle il s’affaire. Et toi? Mais t'as fait le tour de l'Amérique plus d'une fois! T'as coudoyé le Pacifique et l'Atlantique, les montagnes et les plaines, les cactus et les palmiers, les tornades et les tempêtes. T'as visité des coins perdus, des routes inconnues. Allez! Arrête de te pâmer devant le gaillard! T'as du chemin à abattre!

J'ai rasséréné son moteur mugissant, mais je sais qu'il aurait donné cher pour jouer dans la même boue tous les jours pour rentrer à son terminal chaque soir et profiter de la saison estivale.

Dépité, il s'est rendu chez Firestone où on lui a accroché une toute nouvelle remorque remplie de pneus neufs.

En route pour la Louisiane que je lui ai hurlé en fouettant ses 450 chevaux-vapeur! YA YA!
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9 commentaires:

Jean (de Sainte-Julie, évidemment!) a dit...

Bonjour Sandra et Richard!
Un autre très agréable texte à lire, Sandra! La section "écritoire" de ton cerveau n'arrête donc jamais de procréer?!...
De la manière dont tu parles, tu sembles bien les connaître tes 450 chevaux. Comment s'appellent-ils déjà?!...
Bonne route de retour tous les deux!...

ursule a dit...

Sandra,

Tu fais bien de lui parler, comme tu le fais, à ton camion rouge. Parfois, j'ai même cette impression que ses envies se confondent aux tiennes et à celles de Richard...mais, ce n'est là qu'une impression...

Il a de la chance « Le Rouge »: à se faire parler de la sorte, il y a de quoi nous faire rougir d'envie!!

Bon retour,

André.

Anonyme a dit...

Bravo Sandra pour le magnifique texte...comme mon chum le dit si bien son truck c`est sa deuxieme femme apres moi.Donc je suppose que ton truck doit etre ton deuxieme chum apres Richard :)


Bon retour, reposez vous bien car vous le méritez tout les deux!

Rachel xx

TECKEL a dit...

Pas de photos du boueux?

René a dit...

Bravo pour ce texte ! :-) C'est vrai, il y a toutes sortes de modèles de camions... et de gens, et chacun a ses forces. Tu as un athlète comme camion, tu fais bien de le lui rappeler !

Choubine a dit...

Et puis, Sandra, comment ça s'est passé à "Indicatif présent"? J'ai écouté la dernière partie de l'émission; la voix de Marie-France Bazzo était chargée d'émotion, ce qui se comprend... Et le public avait l'air de beaucoup s'exprimer! Tu vas tout nous raconter, dis?

MadStef a dit...

Tu pourrais nous mettre des photos de ton bahut avec un humain (ou une humaine) à coté ?
Nous z'ot, povs européens, avons un peu de mal à se représenter la taille de vos camions. Les (rares) photos de l'interieur donnent l'impression d'être dans une grosse berlin...

Aller, souriez, il fait beau, la biere est au frais, les jupes se raccourcissent et la vieille Lorraine n'est jamais aussi belle que sous ce ciel printanier :-D

Chroniques Blondes a dit...

Allô. Je découvre ton blogue, dix heures plus tard dans les Maritimes! Merci de m'amener sur la route.

Anonyme a dit...

Bojour Sandra et Richard, que de poésie dans ton texte c'est la première que je me connecte sur ton blog et l'ai inscrit immédiatement dans mes favories, Richard si elle te parle comme a son 450 ta vie doit être un enfer de plaisir et de jouissance, bonne route a vous deux et bonne vacance!!!