19 février 2006

Mea culpa, Hiver je te demande pardon

L’hiver s’est fâché… Il m’a réveillé violemment de sa voix grave :

— SORTEZ DE LÀ, POULES MOUILLÉES, venez vous mesurer à moi !

Il nous faisait tanguer comme des marins dans leur hamac sur une mer en furie.

Il se rebellait contre Dame printemps apparue trop tôt et peut-être aussi un peu contre moi qui était bien heureuse hier de me vanter de son arrivée.

— Février est ma propriété ! qu’il lui a crié.

Il l’a remise à sa place. Sa mise en plis est à refaire, elle est toute pleine de poussière.

Et dans ma cabine, je me suis sentie petite. Je lui ai quand même dit d’aller hiberner, et de ne pas faire tant de boucan parce qu’il y a des gens dorment. Il a soufflé de plus belle et une nuée de sable est venu tout embrouiller. Je ne pouvais même pas voir à plus de deux mètres. J’ai pensé à une tornade. Tout de suite, j’ai démarré le moteur et j’ai couru nous abrier entre deux remorques pour éviter qu’il ne nous renverse. Je me suis rendormie, il s’est calmé.

Mea Culpa. Hier, je vous narguais avec le printemps, maintenant j’en paie le prix avec les vents violents. À votre tour de rire de moi, j’ai rangé mes sandales et remis mes espadrilles. Ma veste polaire ne suffit pas à me garder au chaud, je dois rendosser mon coupe-vent.

Ce matin, nous sommes en attente d’un nouveau chargement pour rentrer au Canada. Ça nous donne le temps pour un petit déjeuner texan dans notre restaurant favori de Laredo. On y sert les plats traditionnels du Texas. Au menu du jour ce midi, il y aura une salade de nopalitos, qui sont des cactus pelés, mais il est encore trop tôt pour en commander.

C’est toujours bondé chez Dany’s. Les gars en verts kaki, armés et badgés sont de la « border patrol». Le gars aux longs cheveux blancs, coiffé d’un chapeau de cowboy en cuir avec des tatous est un chauffeur de camion (il faut bien entretenir les préjugés ! … ;o) ), plusieurs moustachus basanés sont attablés et regardent distraitement CNN. À Laredo, la moustache n’a jamais perdu un poil de sa virilité, les bottes de cowboy sont la norme, les chemises westerns et les bolos en guise de cravate font chics. De façon naturelle, un homme pousse sa femme au fond d’un banc rembourré et s’assoit à côté comme pour la protéger, mais personne ne viendra les rejoindre pour les accompagner, ils mangeront bêtement juxtaposés.

Nous jetons aussi notre dévolu sur une banquette, mais nous faisons fi
de la tradition machiste : nous nous installons l’un en face de l’autre. La serveuse bilingue, à la jupe courte et au chemisier rose pétant comme les murs du restaurant, prend notre commande en espagnol. Elle nous apporte le café si rapidement que l’on n’a même pas le temps de feuilleter le menu. Mais nous choisissons toujours la même chose : je demande des «huevos rancheros sunny side up, con tortillas de harina y un cafe con leche fresco», Richard ses traditionnels «huevos a la mexicana». Mon plat d’œufs vient avec de la salsa, des tortillas, du jambon et des haricots rouges en purée coiffés de deux nachos maison croustillants. L’odeur de la coriandre fraiche me met en appétit. Mon compagnon se délecte de ses œufs brouillés à la salsa qu’il roule dans des galettes mexicaines faites sur place. Une panoplie de serveurs repassent toutes les minutes pour nous saouler de café. Nous repartons repus et prêts à rouler (dans tous les sens du terme !).

Il nous reste du temps pour flâner dans une boutique de ferraille à ciel ouvert. On y vend des importations du Mexique. Tout est fabriqué avec de la tôle recyclée. Sur quelques créations de fer, on peut parfois lire les inscriptions d’origines des matériaux détournés : milk fat product made in belgium et même quelques numéros de téléphone.

Quelques Don Quichote barbus aux yeux caverneux tapent du tambour; des grenouilles jouent de la flûte; des tortues, des poissons et des étoiles moirés métalliques s’oxydent à l’air libre et prennent des couleurs de rouille. Un petit Mexicain de tôle fait la sieste en sandale
s. Des poules et des coqs colorés attendent d’être achetés pour aller caqueter dans d’autres prés.

Je vous rapporte ici quelques photos, il y en aura d'autres si je réussi avec ce satané logiciel.

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8 commentaires:

France a dit...

Sandra, tu écrirais sur la chiasse des pigeons sur l'épaule de l'humain que je serais encore étampée à mon écran. Tu déverses ici un talent à peine égalé - moi qui bouffe des blogues comme un pauvre bouffe des Ramen, je te jure que tu fais partie de la crème en matière de plume.

Pas de plume de pigeon, hein!

Anonyme a dit...

Bonjour Sandra,
Un autre lecteur de ton blogue qui t'arrive, compliment de Marie-france Bazzo. Tu y étais très bien en passant et j'apprends que vous serez en table ronde bientôt (je sais que c'était le 13 fev mais j'écoute à retardement en balado-diffusion).
J'ai vu un commentaire qui parlait de Pirsig et de son livre "Zen and the art of motorcycle maintenance " et tu semblais dire que tu ne pouvais le lire sur la route. Je le lis présentement après l'avoir téléchargé gratuitement sur le Net. Voici l'adresse :

http://www.virtualschool.edu/mon/Quality/PirsigZen/

Je n'ai pas pu le trouver en français par contre.
Continue à faire l'effort de nous écrire et de nous permettre de voyager avec toi, et merci de prendre la peine de le faire.

Dr J. J. Bergevin
Ottawa, On
jachel@rogers.com

louis-martin a dit...

ouf, quel beau voyage... continue je fais partis des lecteurs assidu.

julie70 a dit...

As-tu des photos de ces moustaches? nic descriptions!

camionneuse a dit...

Julie, je pars en safari photo pour prendre des moustache...


France, c'est bon des Ramen hein?

Dr J.J.Bergevin: Je ne suis pas adepte de sports motorisés en général, mais, selon votre recommandation, j'ai lu le premier chapître de cette aventure en motocyclette et j'ai été captivé. à suivre

Louis-Martin, je t'assure que ce n'est pas romancé.

Tomate Farcie a dit...

Elles sont superbes tes photos! T'en as de la chance de te promener en camion a travers tout le pays pendant qu'il y en a qui s'emm... au bureau ! ;-)

Mijo a dit...

Hum, un petit dej comme je les aime.

anny de québec a dit...

vive le gras chez les américains!

mais ce déjeuner semble excellent

je deviens une accro de ton blog!

nous devons créer les blogger anonyme pour nous sortir de notre nouvelle dépendance